Présentation

Les créations de Jasper Morrison sont un référence pour beaucoup de créateurs mais elles ont été assez peu vues en France par le grand public ces dernières années. Aussi, l’exposition « Jasper Morrison : take a seat ! » est l’occasion de revoir l’oeuvre du designer à travers une sélection de vingt et un sièges. Jasper Morrison, invité ici à une carte blanche, a choisi de travailler sur le siège et ses usages.

Dans cette carrière prolixe, la chaise, pièce utile par excellence, est en effet la typologie qui l’a le plus intéressé. Une des premières, la Thinking Man’s Chair (1986) conçue à base d’éléments structurels marque le début de son travail avec Cappellini. Suivront les Ply Chairs (Open et Closed) éditées par Vitra dans lesquelles il réduit le siège à sa plus simple expression : une ligne évidée et sans masse. Explorant les technologies et les matériaux les plus divers – du polypropylène au liège en passant par l’aluminium - ses sièges évoquent parfois des classiques du genre. La Sim de Vitra (1999) est comme une descendante des chaises empilables de David Rowland, comme la Pipe I de Magis (2008) s’inspire de la chaise de Hans Coray. Une des dernières nées, la Basel Chair de Vitra (2008) évoque avec raffinement un archétype : la chaise d’école de notre enfance. Dans cette production, Jasper Morrison oscille entre les techniques de fabrication les plus sophistiquées et l’utilisation de matériaux les plus classiques. Le polypropylène injecté par gaz est employé dans l’élaboration de la chaise et du fauteuil Air, édités par Magis, alors que la Crate Chair, éditée par Established § Sons, est fabriquée avec de la latte de bois. La plupart de ses sièges est éditée par les grands éditeurs européens ou japonais mais quelques uns répondent à des commandes spécifiques comme les sièges réalisés en 1998 pour le couvent de la Tourette de Le Corbusier.

De façon peu habituelle pour un musée, Jasper Morrison a souhaité que le public puisse non seulement voir, mais aussi essayer les vingt et un sièges montrés afin d’expérimenter ceux-ci, mettant ainsi en exergue ce qui fait l’essence même de son travail : des pièces belles à regarder, oui, mais surtout utiles.

« Take a seat ! » par Jasper Morrison

Tout le monde s’y connaît en chaises. La relation que nous entretenons avec elles est si familière et continue que, bien que nous n’y prêtons guère attention, au plus profond du « département sièges » de notre cerveau, nous sommes bien conscients du confort et de l’inconfort, des restrictions d’usage et des risques qu’elles représentent. Tout cela n’est sans doute pas naturel, mais on est tous tombé d’une chaise au moins une fois dans sa vie, on a tous choisi la mauvaise chaise pour monter dessus, on s’est tous balancé vers l’arrière sur un pied de chaise en se tenant à une table, on s’en est tous servi pour maintenir une porte fermée, on a tous disposé des sièges disparates les uns à côté des autres à l’occasion d’une fête, on a toujours trouvé quelque chose pour asseoir autour d’une table davantage de convives qu’il n’y a de chaises, trouvé qu’un bout de rocher ferait très bien office de siège, etc. Nous avons tous des milliers d’expériences à propos des chaises.

Cette exposition présente 21 chaises, soit une année par chaise conçue. L’idée est de les aligner et que les visiteurs puissent s’y asseoir, afin de ne pas tomber dans le piège qui consisterait à exposer des choses fonctionnelles accompagnées de la mention habituelle « veuillez ne pas toucher » et afin de laisser au public expérimenter par lui-même, à la fois visuellement et physiquement, l’ampleur du sujet.

Elles font partie de notre quotidien à un point tel qu’on les remarque à peine, mais la plupart d’entre nous passe davantage de temps assis que debout ou même couché ; ce constat est à lui seul une raison valable de continuer à dessiner des sièges. Pendant les 400 dernières années environ où les chaises ont fait partie de notre environnement, elle sont passées de l’assise aplatie munie d’un dossier vertical, à un niveau relativement raisonnable de confort et d’ergonomie. Tout comme l’architecture, elles n’ont pas connu de développement aussi remarquable que d’autres éléments de notre quotidien tels que les transports, les moyens de communication ou le commerce. Peut-être que, comme pour les maisons, nous avons une idée très précise de ce que doit être une chaise. Il est également très difficile de parvenir à créer une chaise parfaite.

Les « bonnes chaises » existent, mais on leur trouvera toujours un défaut ou l’autre. Elles sont inconfortables, elles coûtent trop cher, elles ont une allure étrange, on se cogne trop souvent au pied arrière lorsqu’on passe à côté, l’assise est trop profonde, le dossier est trop bas, trop droit, trop incliné, elles sont trop lourdes, trop bruyantes, pas assez stables, il est impossible de s’y tenir debout pour changer une ampoule, elles ne sont pas empilables, elles sont empilables, mais non empilées elles ont l’air bête, elles ne tiennent pas dans la durée, ni par leur solidité, ni par leur style, elles ne répondent pas à l’idée qu’on se fait d’une chaise, etc. Satisfaire les besoins de fonctionnalité est relativement simple, mais trouver une solution unique est difficile. Ajouter à cela qu’il y a probablement environ 40 types de chaises voire davantage qui répondent à différentes situations et vous saurez pourquoi un designer puisse avoir envie d’en concevoir plus d’une.

Biographie de jasper Morrison

Né en 1959 à Londres, Jasper Morrison est diplômé de la Kingston Polytecnic Design School et du Royal College of Art de Londres. En 1986 il monte son propre bureau de design à Londres et se fait connaître par un mobilier fonctionnel, sobre et synthétique qui est l’antithèse des pièces démonstratives et colorées qui ont lancé Memphis au début des années 80. À cette époque, il trouve son langage en particulier avec les sièges Ply Chair (Open et Closed) montrés en 1986 à Berlin pour l’exposition « Some new Items for the House, part I » à la galerie DAAD. Il y expose un ensemble mobilier dont l’écriture synthétique est emblématique de son art : ligne claire et épurée privilégiant la fonctionnalité de l’objet. Cet ensemble table et chaises est un manifeste de ce style dont il ne se départira plus. Edité dès le milieu des années 1980 en Italie (Cappellini et Magis en particulier), Jasper Morrison jouit d’une reconnaissance rapide. Il va étendre son travail à bien d’autres domaines que le mobilier : petit électroménager pour Rowenta, couverts et accessoires de table pour Alessi, service de table pour Rosenthal, luminaires pour Flos. Pour Cappellini également il organise avec James Irvine « Progetto Oggetto » (1992), une collection d’objets pour la maison dessinée en collaboration avec un groupe de jeunes designers européens. Il s’intéresse également à des installations et à des projets d’aménagements urbains sous l’égide de Utilism International. En 2002, il commence une collaboration avec Muji au Japon et il travaille actuellement entre Londres, Paris et Tokyo, les trois villes dans lesquelles il a installé ses bureaux.

Jasper Morrison a fait école et toute une génération de créateurs, de Konstantin Grcic aux frères Bouroullec, ont suivi la trace de ce designer qui fait figure de précurseur pour un retour à la primauté de la fonction et à l’effacement du designer devant son produit. Jasper Morrison est aussi un grand observateur de l’objet du quotidien au sens large. Avec un œil d’ethnologue, il a organisé avec Naoto Fukasawa en 2006 à la Triennale de Milan une exposition au titre explicite, « Super Normal », mettant sur un pied d’égalité objets de designers et objets anonymes.

De nombreuses expositions ont été consacrées à Jasper Morrison. En 1994, il est l’invité d’honneur d’ « Interieur 94 » en Belgique. L’année suivante, en 1995, il participe à une importante exposition collective de design au Frankfurt Museum für Kunsthandwerk et à une exposition personnelle au Centre d’Architecture Arc en Rêve à Bordeaux. En 1999, il réalise une exposition avec Michael Young et Marc Newson au Musée d’Art Moderne de Reykjavik, et la même année une exposition personnelle à la galerie Axis à Tokyo. En 2004 une exposition est organisée chez Vitra avec ses nouvelles créations et en 2006 à la galerie Kreo à Paris.

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