Présentation

Les Arts Décoratifs présentent la première exposition rétrospective de Jean-Paul Goude à Paris. L’un des plus brillants « faiseurs d’images » de la création contemporaine propose une vision à la fois rétrospective et créative de son œuvre à travers tous les champs d’intervention : de la mode à la photo, de la publicité au spectacle vivant. Artiste-précurseur, manipulateur d’images, tour à tour illustrateur, directeur artistique, photographe, réalisateur, Jean-Paul Goude travaille aussi bien pour la presse, la musique que la publicité. Il est avant tout un créateur qui a su inventer un style, un univers, et peut être même comme l’évoque avec humour le titre de l’exposition, une mythologie personnelle.

Jean-Paul Goude a conçu cette invitation comme une grande installation : c’est tout son parcours depuis plus de 40 ans que retrace l’exposition, mêlant dessins, objets, images photographiées ou filmées, présentés dans un parcours rythmé d’espaces intimes et de séquences plus théâtrales à l’image de ce qu’a pu être le défilé du Bicentenaire de la Révolution Française. Évocation symbolique du Bicentenaire, la locomotive qui ouvrait le défilé de 1989, occupera le centre de la Nef, encadrée d’une galerie de portraits photographiques des différents groupes ethniques qui le composaient.

Avant cela, les visiteurs seront accueillis dans le vestibule par l’une des valseuses qui firent sensation lors du Bicentenaire. Dans la galerie des Tuileries, une évocation « introspective » de l’œuvre de Goude guidera le public depuis ses débuts à Saint-Mandé, jusqu’à ses travaux les plus récents. Évoquant ses rencontres, les influences qui l’ont marqué et ses souvenirs, ce parcours chronologique sera rythmé par des créations originales de l’artiste. Il révélera ce qu’est l’univers de Jean-Paul Goude, mélange d’influences multiculturelles, de souvenirs d’enfance, de rencontres, le tout saupoudré d’une dose d’humour et d’ironie.

« Ses images sont toujours au service d’un propos, d’un point de vue, et ne se préoccupent pas du politically correct, mais sont des prises de position. Les plus fondamentales sont celles d’un respect de la différence et de la quête permanente d’un fait que peu savent nommer aujourd’hui : la beauté » Christian Caujolle, fondateur de l’agence et de la galerie Vu.

Dans les pièces alcôves de la rue de Rivoli, seront montrées six installations destinées à réactiver les séquences les plus fortes de sa vie et de son œuvre : Toukie, Les Galeries Lafayette, Grace Jones, les ektas découpés, le mobilier-néon et Chanel.

« Depuis plus de trente ans, s’exprimant à travers le dessin, l’affiche, la photo, le cinéma, la vidéo ou l’événement, Jean-Paul Goude a impressionné notre imaginaire. Des « minets » des années 1960 au mythique Esquire de la décennie suivante, du New York de Warhol et des cultures métissées à Grace Jones, dont il fut le « pygmalion », de l’éclatant défilé du bicentenaire à la célébration du « Style Beur » de Farida, des publicités Kodak ou Chanel aux variations sur Laetitia Casta, il a su chaque fois devancer l’air du temps et en donner une expression définitive. Ce que l’on sait peut-être moins c’est que ce travail par nature de « commande » n’est chez Goude que l’autre face d’une aventure profondément individuelle, d’un parcours (marqué en particulier par la rencontre, et l’exaltation, de quelques figures féminines) transmué en une sorte de mythologie personnelle. La vie et l’œuvre sont pour Goude profondément indissociables, ce qui donne obliquement à son travail un cachet très particulier, et l’élève au-dessus de la simple imagerie. (P. Mauries)

Si, souvent, le terme de pygmalion a été utilisé en parlant de Jean-Paul Goude et de sa relation avec ses modèles et ses muses, Edgar Morin a préféré inventer le terme de Goudemalion, pour expliquer le plus justement possible la démarche de Jean-Paul Goude : « Le Pygmalion légendaire était un roi de Chypre qui sculpta une statue à laquelle Aphrodite donna vie, puis épousa cette créature. Goudemalion, lui, sculpte une statue à partir de la femme qu’il épouse. Mais il n’en fait pas une statue de pierre, il en fait plus qu’une statue de chair douée d’âme, il en fait un être mythique où se transfigure la substance vivante, sans cesser d’être vivante, en créature de rêve et de légende. Ainsi Goude transforme et transfigure ses fantasmes, qui tournent autour du même trou noir de la Beauté féminine : il les transfigure en mythe »

Dans l’univers de Jean-Paul Goude il y a d’abord son enfance, un père qui lui inculquera le goût de l’élégance, une mère américaine danseuse, une passion pour les films musicaux américains des années 1950 et une fascination pour les cultures ethniques. Il y a ensuite ce goût du dessin puis de l’image sublimée qu’elle soit repeinte ou découpée. Il débute sa carrière comme illustrateur pour Marie-Claire, Dim ou encore le Printemps qui en 1964 l’engage pour décorer le magasin Brummel, pour lequel il réalise la frise des « Minets », une immense fresque qui faisait le tour du magasin. En 1969, Harold Hayes, directeur du magazine Esquire, auquel il avait fait parvenir ses dessins, lui commande un numéro spécial, puis le fait venir à NY pour lui confier la direction artistique du magazine. S’il continue à produire des illustrations mémorables comme celle présentant le président Mao se baignant dans le Yang Tsé en compagnie d’un Donald duck en plastique, il commence à travailler la photographie.

En 1976, pour son premier livre Jungle Fever, il photographie les communautés afro-américaines et hispaniques. Suit un numéro d’Esquire intitulé America dances pour lequel Goude réalise un article qui met en image Quatre groupes ethniques : blancs, noirs, hispaniques et gays.

« C’est dans les gays bars de New York que le disco a vraiment commencé. C’étaient les premiers clubs intégrés où les noirs et les blancs faisaient la fête ensemble. Apparemment être blanc ou noir était beaucoup moins important que d’être homosexuel. Et les premiers à assimiler le feeling black, furent les homos blancs. » (Jungle Fever, 1982)

C’est l’époque aussi, où il commence à appliquer les principes de la French Correction à la photographie. La French Correction ou « petit guide pour se mettre en valeur », relève de sa volonté ironique de magnifier le corps à l’aide de toutes sortes de prothèses. Il redessine, photographie le corps de ses compagnes, le transforme. « Mon travail tourne autour de la beauté. L’attirance que j’éprouve pour les mandarins mystérieux et les princesses africaines remonte à un désir inassouvi à la fois enfantin et refoulé de voyages dans des contrées lointaines. »

Il commence par « corriger » sa compagne Radiah, qu’il juche sur des chaussures à plateforme, la surélevant ainsi de son 1m72 initial à pratiquement 2 mètres et l‘« africanise » grâce à des scarifications autocollantes de sa fabrication, posées sur son visage. Il poursuit avec Toukie, à laquelle l’exposition consacre une salle dans laquelle sont présentés les moulages miniaturisés et transcendés de son corps. Il lui allonge les jambes et le cou, écarte les épaules, redessine ses seins et ses fesses.

Tel un chirurgien-artiste, Goude utilise ses ciseaux comme un scalpel, découpant directement les ektachromes pour retoucher l’image en la magnifiant. Qu’il s’agisse de l’ex-culturiste Kellie Everts, de Toukie, de Grace Jones, ou encore Farida, il allonge, gomme, étire, démultiplie…

Grace Jones, sera sa muse idéale qu’il photographiera, découpera, repeindra, tordra en d’étranges arabesques tout en la mettant en scène dans différents spectacles musicaux d’une sophistication unique, surtout dans le contexte de l’époque. Par ailleurs il lui concevra toutes sortes de costumes tous plus spectaculaires les uns que les autres, dont une incroyable robe de maternité « constructiviste ». Cette période achevée, il retourne en France. La publicité vient à lui et il signe alors certains des plus beaux films publicitaires du moment. D’Egoïste de Chanel en 1990 à Guerlain en 2008 en passant par Lee Cooper 1982, Citroën 1985, la saga des Kodak de 1986 à 1992, Dim 1988, Perrier 1990, etc…

Dans sa chronique du Monde, Pierre Georges qualifiera le film Coco de Chanel de « vrai chef-d’œuvre de publicité, un merveilleux petit conte poétique. Ce n’est pas vouloir faire de la pub à cette pub que de le dire. »

En 1989, Jack Lang, alors ministre de la Culture de François Mitterrand, l’invite à réaliser le défilé du Bicentenaire de la Révolution française. Avec sa maîtrise de la démesure, son humour et sa poésie, Jean-Paul Goude saura transformer l’austère défilé militaire en un conte de fée joyeux et multi-ethnique. « J’avais envie de faire défiler ceux qui ne défilent jamais, de jouer avec les codes, les clichés tout en les subvertissant. Le thème central était les droits de l’homme, la multiplicité des ethnies, la mixité sociale ; nous étions au plus fort de l’utopie multiraciale. C’était un défilé très idéaliste, à la gloire de la famille humaine, qui devait se dérouler devant de nombreux chefs d’Etat, et célébrer l’idée de la Révolution en la sublimant »

Enfin c’est depuis plus de 10 ans que Jean-Paul Goude et ses affiches incarnées par Laetitia Casta pour les Galeries Lafayette, font le bonheur des usagers du métro parisien et sont devenues un rendez-vous incontournable pour la France entière.

7 COMMENTAIRES (PAR LES INTERNAUTES)

  • Génial créateur 16 mars 2012 18:09, par fenec

    Merci de nous avoir proposé cette belle et très intéressante exposition. Ce créateur de pub absolument génial.

  • En réponse à la question... 10 février 2012 09:58, par FABIEN

    Bonjour, environ 420 œuvres (en comptant les nombreux dessins originaux (environ 170), les tirages (environ 200) et toutes les œuvres / installations) sont présentées dans cette exposition. Cordialement, Les Arts Décoratifs

  • bonjour 8 février 2012 18:21, par lolita123

    voila je voudrais savoir combien d’oeuvre y sont exposer car j’y suis allé l’autre jour et je ne m’en souvien plus merci d’avance.

  • Un artiste hors du commun 18 janvier 2012 03:18, par Sylvain

    M. Goude est un artiste mythique et incontournable de notre paysage culturel, il porte bien haut les couleurs de l’art contemporain français, je me suis régalé à cette exposition avec de nombreuses oeuvres que je connaissais pas, merci et chapeau bas l’artiste !

  • Jean Paul Goude 4 décembre 2011 21:35, par jojo/ Chef Tambour

    En 1989 Jean Paul GOUDE est venu à Nevers pour venir discuter autour de mon spectacle « Les Tambours du Bronx » qui débutait sa carrière. Il voulait en comprendre l’esprit. Il a capté les éléments essentiels visuels et culturels de ma scénographie pour les magnifier en un hommage aux ouvriers-cheminots, aux résistants du rail, au mythe cinématographique de jean Gabin dans la bête humaine. La rencontre fut inoubliable, j’adorais déjà son travail photographique. Une répétition fut improvisée sur un parking, les idées de Jean Paul tourbillonnaient autour du concept initial du spectacle, et c’est avec régal que le croquis d’une locomotive fut dévoilé sur une table de bar de la gare de Nevers, jean-Paul GOUDE crayonnant au milieu des 20 musiciens. J’ai revu quelques fois Jean Paul. Il est passionné par l’image, l’aspect, le choc visuel et poétique, il est un chercheur, un alchimiste. Je me souviens de ses recommandations ; « En création, il faut suivre ses idées, et ne pas perdre de temps ! » J’irai voir l’expo, et revoir ma locomotive, avec mes photos d’elle, et j’espère croiser le troublion qui a aiguillonner mes passions. patrice.jolivet@hotmail.fr

  • jean-Paul Goude en Barcelona 3 novembre 2011 14:57, par rafael rodríguez bella

    Conocí a J.P. Goude en Barcelona en 1964. En la agencia en la que yo trabajaba : Dayax, le encargó las ilustraciones para la campaña publicitaria de Tervilor (para sus camisas, pantalones y gabardinas). Recuerdo que se hospedó en el Ritz y fui allí para hablar de su trabajo. Un hombre simpático y encantador. Hoy he descubierto que tiene un año más que yo. Ambos vivimos la euforia de la publicidad de los años 60. En el 66 Dayax me envió a París para conocer y trabajr con el fotógrafo Jaques Moutin un bone vivant gran profesional y excelente compañero. Desde entonces cada año estoy en París durante unos días. Imposible evitarlo.

  • JEAN-PAUL GOUDE - L’ENCHANTEUR DES TEMPS MODERNES !!! 25 octobre 2011 18:34, par Jean-Marie Potiez

    J’ai découvert Jean-Paul Goude en 1978, grâce à son travail avec Grace Jones. Depuis, je n’ai cessé d’aimer ses créations. On dit de lui qu’il est « photographe, réalisateur, illustrateur, etc, etc, etc... ». Jean-Paul est, avant tout, un artiste, un faiseur d’images qui a toujours sublimé la femme, blanche, noire ou asiatique. Il est un magicien, un faiseur de rêves qui voit la vie en couleurs et avec beaucoup d’humour. Dès la fin des années 70, Jean-Paul Goude m’a fait réaliser combien les gens de couleur (hommes et femmes) peuvent être beaux !

    En 1989, j’étais au vernissage de sa rétrospective au musée Cantini. Je suis comblé par cette exposition qui va s’ouvrir aux Arts Décoratifs. Pour la première fois, Paris lui rend l’hommage qu’il mérite !

    J’ai croisé Jean-Paul plusieurs fois et je lui ai dit combien j’admire son travail depuis plus de 30 ans. Maquilleur et graphiste, il n’y a pas un jour sans que je ne pense à lui et à son oeuvre unique. Lorsque je maquille une « beauté noire », Jean-Paul et Grace Jones sont toujours dans mes pensées !

    Je serai à l’expostion et je sais que je reviendrai plusieurs fois tellement j’aime son travail !

    Merci Jean-Paul Goude et merci au musée des Arts Décoratifs ! Jean-Marie Potiez jm.potiez@orange.fr

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