Interview « Introspective » de Jean-Paul Goude par Jérôme Sans

Extraits tirés du livre Goudemalion. Jean-Paul Goude une rétrospective, éd. de la Martinière.

JS : Jérôme Sans
JPG : Jean-Paul Goude

Entretien réalisé le 5 juillet 2011.

JS : Est-ce que cette exposition au musée des Arts décoratifs est une mise au point sur le Goude ? Plutôt qu’une « rétrospective », ne serait-elle pas une introspective ou une Goudespective ?

JPG : Une rétrospective introspective…..en tout cas, ça sonne bien !

JS : Qu’est ce qui vous a conduit vers la danse, le dessin et la mode ?

JPG : Ma mère, indéniablement. Elle enseignait le ballet classique aux jeunes filles de bonne famille du quartier de Saint Mandé, où nous habitions. Tous les ans elle me demandait de danser à l’occasion de son spectacle de fin d’année. Et chaque année je refusais car la danse n’était pour moi qu’une discipline réservée aux filles. Ce n’est que plus tard, pendant mes études à l’École des Arts Décoratifs de Paris où j’ai commencé à m’intéresser de près au cinéma musical américain, que j’ai voulu apprendre la danse. Une façon pour moi de me rapprocher de mon sujet de prédilection, d’en savoir plus. Par contre, j’ai toujours dessiné. Bien sûr, comme tous les petits garçons de ma génération, j’ai commencé par dessiner des soldats, la guerre, des Indiens, des cow-boys, etc…
Tout à basculé quand j’ai vu Les Mines du Roi Salomon, un film d’aventure tout ce qu’il y a de plus « made in Hollywood » mais qui contenait une longue séquence musicale filmée en Afrique avec d’authentiques guerriers Tutsis interprétant une danse cérémonielle extraordinaire. À partir de ce moment, je n’ai dessiné que des personnages en mouvement. […]

JS : En 1970, le rédacteur en chef de la célèbre revue Esquire prend contact avec vous. Comment s’est passée la transition de Lui et Salut les copains à Esquire ?

JPG : Le fruit de la chance. Harold Hayes, l’éminent rédacteur en chef d’Esquire de l’époque préparait un numéro spécial sur la convention américaine de Chicago. Il était venu à Paris pour rencontrer et inviter Jean Genet à participer à ce projet. Mon ami Matton qui signait ses illustrations Pascalini m’avait encouragé à envoyer à Harold Hayes un portfolio de mon travail. Intéressé par mon approche, il a cherché à me contacter durant son séjour parisien. Quand je lui ai dit que je connaissais Prévert, il m’a demandé de le lui présenter, ce que j’ai fait juste avant qu’il rentre à New York et puis, plus de nouvelles. Quelques mois plus tard, il m’appelle pour me dire qu’il cherche un nouveau directeur artistique et me demande si je connais quelqu’un. Sautant sur l’occasion, je lui propose mes services. Trois jours plus tard il me rappelle en me demandant de venir au plus vite et d’emmener avec moi tout ce que je possède. Décontenancé par le caractère précipité de sa proposition - et imaginant à l’avance l’enfer que pourrait être ma vie au milieu de journalistes américains hyper professionnels qui découvriraient mes failles -, j’ai décidé d’amener du renfort et lui ai proposé de partager ma nouvelle fonction avec Jean Lagarrigue, mon meilleur ami, illustrateur comme moi. […]

JS : Comment définiriez-vous votre approche artistique de l’époque ?

JPG : A l’opposé de la tendance à l’anecdote de l’époque, mes images étaient avant tout des métaphores visuelles destinées à donner une forme aux histoires que nous proposions à nos lecteurs. Malgré le titre ronflant de ma fonction, je me considérais en apprentissage et prenais le temps d’expérimenter. L’image dessinée semblait de moins en moins intéresser le public. De mon côté, j’avais constaté à quel point les tentatives des illustrateurs pour imiter le réalisme photographique à la mode à l’époque étaient non seulement vaines mais nécessitaient en plus un effort disproportionné. Il fallait prendre un nombre incalculable de photos de référence qu’on décalquait patiemment pour finalement reporter le calque sur le papier afin de composer l’image. C’était pathétiquement laborieux. Quitte à être photographiquement réaliste, pourquoi ne pas peindre directement sur des photos ? C’est ce que j’ai fait au début des années 1970 en créant des images peintes donnant l’illusion de photographies. Un travail titanesque qui me prenait parfois plus d’une semaine par image. Ce n’est qu’à partir des an-nées 1990, au début de l’ère numérique, que j’ai enfin pu produire mes images de façon plus régulière.

JS : Ce travail de modification n’est-il pas au centre de votre écriture ?

JPG : Une écriture que j’ai choisi d’intituler « La French Correction », qui non seulement est au centre de mes préoccupations depuis toujours, mais qui fédère mes multiples moyens d’expression. Que ce soit par l’image ou directement sur le corps à l’aide de différentes prothèses, la modification, la stylisation morphologique m’intéressent avant tout. […]

JS : On a souvent dit que vos publicités étaient de l’ordre d’un jeu vidéo ou d’un très court métrage.

JPG : De l’ordre du « bref métrage », pour reprendre une formule de Pierre Georges du Monde. Trois ans avec Grace sans gagner un sou m’avaient presque mis sur la paille. Et quand la pub s’est intéressée à moi, j’ai saisi l’occasion, non sans méfiance. Philippe Michel m’avait convoqué à Paris pour me parler de la campagne Lee Cooper. Ne connaissant rien au blue-jeans et ne voulant pas vanter les vertus du denim, je lui ai proposé un mini-opéra qui - je lui promettais - ne passerait pas inaperçu. Avec Grace, j’avais cédé à la tentation des feux de la rampe. J’avais maintenant la ferme intention de faire durer le plaisir. Je voyais cette nouvelle aventure comme le second volet, le second acte, de ce que j’avais initié avec elle. Pendant que mes nouveaux personnages faisaient leur entrée côté jardin, Grace sortait côté cour. Juste avant que Farida, cachée dans les coulisses, n’entre à son tour dans mon petit théâtre.

JS : Avez-vous jamais eu envie de réaliser un inventaire, une mise à plat de l’ensemble des différents personnages de la famille Goude ?

JPG : C’est exactement ce que j’ai essayé de faire pour cette exposition. Un peu à la manière de ce que je voulais faire dans mon projet de long métrage qui n’a jamais vu le jour. […]

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