Paire de cuvet­tes à fleurs, ano­nyme, Paris, 3e quart du XVIIIe siè­cle. Tôle, pré­pa­ra­tion noire, laque rose, décor de laque blan­che avec orne­ments en laques poly­chro­mes et or, laque trans­pa­rente, poi­gnées en fer ver­nis en cou­leur d’or, fer peint vert pour les tiges, fleurs en por­ce­laine. Paris, musée des Arts déco­ra­tifs © Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

Tôle et laque : un mariage réussi

Texte de Véronique Plotard-Cieslik

Ce texte est extrait du catalogue de l’exposition.

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Rafraîchissoir à verres, anonyme, Paris, vers 1770
Tôle, préparation laque bleue, décor peinture à l’huile et à l’or, laque transparente, intérieur en laque blanche corrodée, poignée de fer, vernis couleur d’or.
Paris, musée des Arts décoratifs
© Les Arts Décoratifs / photo : Jean Tholance

La tôle laquée fait partie des sujets « orphelins » de l’histoire des arts décoratifs ; aucun ouvrage ne lui a jamais été entièrement dédié. La majeure partie des études que l’on peut trouver dans ce domaine se rattache à une passion de collectionneur ou s’insère dans une étude globale des vernis à l’imitation des laques orientaux. Ainsi, par exemple, Henri-René d’Allemagne, collectionneur du début du XXe siècle, a consacré un intéressant chapitre de son ouvrage Les Accessoires du costume et du mobilier à l’histoire de la tôle laquée. Quelques articles spécialisés existent cependant, lesquels dépassent d’un point de vue chronologique notre champ d’études, limité au XVIIIe siècle, et concernent largement la première moitié du XIXe siècle, âge d’or de la tôle laquée. Les études les plus récentes et les mieux documentées sont celles de M. Wolvesperges, dont l’ouvrage Le Meuble français en laque au XVIIIe siècle apporte notamment des informations dans le domaine très pointu du mobilier en tôle laquée.

Les premières tôles laquées

Au début du XVIIIe siècle, dans un contexte général d’engouement pour les laques orientaux et de recherche fiévreuse d’imitation de ces laques, les premiers objets en tôle laquée appartiennent au domaine du commerce de luxe. Les plus anciens qui nous soient parvenus sont des seaux à bouteille, généralement par paires, d’époque Régence ou début Louis XV. Il convient de préciser que si le décor de ces objets imite la laque, leurs formes et leurs typologies s’inspirent dès le début de celles de l’argenterie et, surtout, de la faïence et de la porcelaine. Ainsi, on peut dater de manière relativement sûre ces objets en tôle en les comparant aux objets contemporains en faïence et en porcelaine. Les deux domaines relèvent d’ailleurs des arts du feu, ce qui a pu conduire certains faïenciers à des expériences : parmi ces premiers seaux, une paire porte la signature « François Louis Dorez fecit à Lille 1734 ». Les Dorez étaient une famille de faïenciers lillois. Les documents compulsés par Janine Bonifas dans sa petite étude sur cette famille ne mentionnent pas la moindre activité dans le domaine de la tôle laquée . Il est donc très probable que la réalisation de cette paire de seaux fut le résultat d’une expérience sans lendemain, tentée par un faïencier curieux, qui s’adjoignit peut-être pour l’occasion les services d’un peintre vernisseur, et qui se servit du four dont était équipé son atelier pour faire cuire, exceptionnellement, ces pièces en tôle laquée au lieu des faïences habituelles.

La tôle laquée apparaît donc d’une certaine manière comme un succédané de la faïence, et surtout de la porcelaine, plus coûteuse. Dès la Régence et sous Louis XV, elle est utilisée pour la réalisation d’objets de table, verrières, seaux à bouteille, plateaux, mais aussi jardinières, bouquetières, tous objets en contact avec l’eau. Or, autant la céramique est un contenant idéal pour l’eau, autant celle-ci est dévastatrice pour le métal. À ces pièces s’ajoutaient écritoires, vases, brûle-parfums et autres objets décoratifs.

Sous Louis XV, si la technique continue à s’inspirer pleinement de celle des laques, ce ne sont plus seulement les formes qui s’apparentent à la porcelaine, mais également les décors. On trouve de fait quelques objets de tôle laquée ornés sur fond noir de personnages chinois dorés, pour les plus beaux exemples en relief, inspirés directement des laques orientaux, mais le plus souvent les fonds sont colorés, bleu céleste, parme, ivoire, rose, à l’imitation des fonds de couleur de la porcelaine. Sur ces fonds pastels ou plus vifs se détachent en réserve des médaillons contenant portraits, petits amours, bouquets, natures mortes ou paysages. Il existe de même de très beaux exemples de fleurs peintes au naturel directement sur le fond coloré, ou bien encore mêlant les deux influences de la porcelaine et de la laque orientale, des fonds colorés avec réserve contenant une scène chinoise. À part quelques exceptions, aucune signature ne nous permet hélas de mieux connaître les créateurs de ces charmants objets.

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