Ce texte est extrait du catalogue d’« Animal ».
Dans l’état de nature, l’être humain se différencie des autres espèces vivantes par la conscience de son corps et de sa nudité. Cela le conduit à se vêtir et à exprimer une part de son identité à travers la transformation de certains caractères physiques. Coupe de cheveux, rasage ou épilation, la maîtrise de sa pilosité est sans doute l’un des gestes les plus révélateurs de sa volonté de mise à distance de l’animalité. Pourtant, des peaux de bêtes des hommes préhistoriques aux pelisses princières et aux manteaux de fourrure aujourd’hui presque exclusivement réservés à la gent féminine, l’homme a régulièrement rétabli cette distance dans un rapport presque charnel en se couvrant des poils, du pelage voire des plumes de ceux dont il a toujours cherché à se distinguer. D’une manière moins directe mais avec des raffinements extrêmes, il a aussi cherché à sublimer la matière animale brute : peau, plume, os, coquille, carapace ou viscères sont devenus les parures précieuses d’objets offerts à notre délectation. Les nacriers, tabletiers ou plumassiers, tout comme les fourreurs, évoquent le caractère unique et fragile de ces matériaux, sachant y reconnaître les signes distinctifs et l’histoire d’un être vivant. Avec leur savoir-faire, le geste précis, ils taillent, morcellent, polissent, et nous feraient presque oublier leur provenance organique.
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