« Affaires en ville »

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« Affaires en ville », Jean Dubuffet (1901-1985), France, 1962 © ADAGP, Paris

En peinture comme en littérature, Jean Dubuffet s’intéressa plus à l’homme et aux choses du commun qu’aux sujets extraordinaires. Il chercha à faire des peintures très simples, mises en œuvre avec des moyens rudimentaires, comme par exemple jeter sur la toile une tache ou une trace dénuée de toute intention préalable, et de laquelle une idée narrative pouvait surgir. Durant les années 1961 et 1962, prenant le contrepied de la période précédente – celle des Texturologies et des Matériologies qui traitaient d’éléments naturels et de fragments de terrains –, Dubuffet évoqua l’atmosphère agitée de la vie urbaine et des comportements sociaux. Sa vision de la ville est extrêmement composite, formée de figures disparates en nombre infini, grouillante de contradictions et d’incohérences chaotiques. Affaires en ville annonce une période très prolifique de l’artiste, nommée L’Hourloupe, qui va de 1962 à 1974. Ce nouveau principe de narration picturale consistait au début à associer des éléments issus de la vie quotidienne – personnages, animaux, objets –, architecturés en une écriture rapide, nerveuse et continue. Le cycle de L’Hourloupe devint par la suite une écriture globalisante, constituée de surfaces hachurées, segmentées ou planes, en bleu, blanc et rouge sur fond noir. Dessinateur, peintre, sculpteur et écrivain, Dubuffet était aussi collectionneur : à partir de 1945, il rassembla en France et à l’étranger les œuvres de ceux qu’il nommait les « irréguliers de l’art », des gens s’exprimant par nécessité en dehors de toute convention de la pensée. Il fonda en 1948 la Compagnie de l’art brut, réunissant dans son comité le critique d’art Michel Tapié, le marchand et collectionneur d’art primitif Charles Ratton, l’écrivain Jean Paulhan, l’initiateur du mouvement surréaliste André Breton. Sa collection, réunie d’abord à Paris en 1962, sera ensuite donnée par l’artiste à la Ville de Lausanne en 1972 pour y installer un musée de l’Art brut, ouvert au public en 1975. La première rétrospective de l’œuvre de Jean Dubuffet a été présentée en France au musée des Arts décoratifs, de décembre 1960 à février 1961, à une époque où les institutions culturelles françaises n’accordaient pas encore à Dubuffet l’intérêt qu’il méritait. Cette exposition était organisée par François Mathey, alors conservateur en chef du musée, ami et admirateur du peintre. Ce soutien a incité Dubuffet à proposer en 1967 au musée une donation de 158 œuvres sélectionnées par lui-même sur toutes les périodes de son parcours artistique. Cet ensemble exceptionnel de peintures, dessins et sculptures, auquel est consacrée une salle permanente, constitue la plus complète représentation de l’œuvre de cet artiste dans les collections nationales.

F. B.

« Affaires en ville »

Jean Dubuffet (1901-1985)
France, 1962
Huile sur toile
H. 162 ; l. 130 cm
Don de l’artiste, 1967
Inv. 41466
© ADAGP, Paris

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