Grand plat de monstre

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Grand plat de mons­tre, Fabrique Clérissy, Moustiers-Sainte-Marie, vers 1730 © Les Arts Décoratifs

Dans la petite localité provençale de Moustiers, une trentaine d’ateliers de terre vernissée étaient en activité au milieu du XVIIe siècle, tirant profit du sol riche en argile, de l’eau abondante et des forêts environnantes fournissant le bois pour les fours. Mais ce n’est que dans les années 1670 qu’apparaît un premier atelier de faïence, dirigé par les frères Pierre et Joseph Clérissy, d’une famille de potiers originaires d’Italie. Très tôt, ils s’étaient assuré le concours de véritables peintres, tel François Viry, embauché en 1682 « pour le servir duement et bien pour la peinture de la faïence ». À la mort de Pierre, en 1728, la fabrique était la plus florissante de la localité, où huit autres s’étaient ouvertes. Dès la fin du XVIIe siècle, la production atteignait un niveau de qualité insurpassé : des pièces de très grandes dimensions (plats de monstre, c’est-à-dire de présentation, purement décora-tifs, fontaines et bassins, aiguières, etc.) étaient réalisées dans une terre fine et sonore parfaitement mise en œuvre, couverte d’un émail d’un blanc laiteux et éclatant, qui sert de support à des décors savants en camaïeu d’un bleu lumineux et nuancé. Abandonnant les décors de scènes de chasses inspirés de gravures d’Antonio Tempesta (1555-1630), les peintres de la fabrique Clérissy élaborèrent dans le premier tiers du XVIIIe siècle des décors originaux où les ornements arabesques prédominent. Sur ce grand plat, un cartel central est enserré dans une composition ornementale de portiques nés d’entrelacs, peuplés de figures de fantaisie : sphinges, personnages à tête de renard, singes ou enfants chevauchant des dauphins. Des figures mythologiques, Apollon et Hercule, encadrent le cartel central qui illustre l’un des épisodes de la conquête de la Toison d’or. Afin d’atteindre la toison suspendue à un arbre, Jason doit défaire le dragon qui la garde ; mais plutôt que de le combattre, c’est par la ruse qu’il va le vaincre, grâce à l’élixir fourni par la magicienne Médée. Une autre scène du cycle des Argonautes figure sur un plat conservé au musée national de Porcelaine Adrien-Dubouché à Limoges, dans un encadrement identique, attestant de son succès. L’adoption des décors d’arabesques extrêmement savants à Moustiers plus que dans toute autre manufacture est assurément liée à la proximité géographique de l’important foyer artistique que constituaient les chantiers navals de Toulon, où s’exercèrent les talents d’artistes ornemanistes de premier plan. Jean Berain (1640-1711), dessinateur de la Chambre et du Cabinet du roi, et dessinateur des vaisseaux de la flotte royale, contribua au développement d’un nouveau genre d’ornements arabesques à la fin du XVIIe siècle, largement diffusé par l’estampe. À la génération suivante, Bernard Turreau, dit Toro (1672-1731), maître sculpteur de la Marine, leur donnera un aspect grêle dans des compositions plus aérées. Les peintres de Moustiers sauront s’en inspirer librement, interprétant plus que copiant ces modèles gravés.

B. R.

Grand plat de monstre

Fabrique Clérissy, Moustiers-Sainte-Marie, vers 1730
Faïence, décor de grand feu
H. 5 ; L. 61 ; l. 48,5 cm
Achat, 1885
Inv. 2122
© Les Arts Décoratifs

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