Bas d'armoire

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Bas d’armoire, Jean-Henri Riesener (1734-1806), Paris, vers 1775-1780 © Les Arts Décoratifs

Fils d’un menuisier en siège de Westphalie, Jean-Henri Riesener suivit sa formation à Paris dans l’atelier de son compatriote, l’ébéniste Jean-François OEben, dont il reprit la succession en 1763, avant d’en épouser la veuve. Il poursuivra son activité dans les mêmes lieux, dans l’enclos de l’Arsenal, à l’abri des règlements trop contraignants des corporations. Associé à la création du célèbre secrétaire à cylindre de Louis XV, commencé par OEben et qu’il livra en 1769, Riesener put accéder ainsi aux commandes royales et fut tout désigné pour succéder à Joubert dans les fonctions d’ébéniste du roi, en 1774. Pendant les dix années qui suivirent, il fut le principal fournisseur du mobilier royal, livrant des meubles d’un luxe et d’un raffinement inégalés. Jugé trop cher par le nouveau directeur du Garde-Meuble, Thierry de Ville-d’Avray, il dut céder sa place à Guillaume Benneman en 1786. Mais la reine, disposant de son propre garde-meuble, lui conservera sa faveur jusqu’à la Révolution. Le bas d’armoire est caractéristique de la manière de Riesener. La façade tripartite, traditionnelle depuis l’époque Régence et qui masque la véritable division du meuble – vantaux comme ici ou tiroirs dans le cas des commodes –, est traitée comme un élément d’architecture. Le panneau central trapézoïdal à montants incurvés, en léger ressaut, vient « brocher » sur un second panneau plaqué horizontalement de satiné et encadré d’une moulure d’amarante, qu’il semble recouvrir partiellement ; des panneaux de satiné ornent chacun des côtés du meuble. Cet effet très subtil de plans successifs (l’épaisseur totale est d’à peine un centimètre) est renforcé par le traitement en trompe l’œil de la marqueterie centrale. Apparaissant dans un encadrement dont les filets sont « posés suivant les ombres » et se détachant sur un fond de sycomore, un bouquet de fleurs dans un « vase de lapice [lapis-lazuli] garni de fleurs en couleurs naturelles » repose sur un piédestal vigoureusement dessiné. Ce bas d’armoire n’est pas le fruit d’une commande royale, mais s’inscrit dans la typologie des meubles créés par Riesener pour le Garde-Meuble dans les années 1775-1780. La frise d’entrelacs à la ceinture comme les agrafes de bronze des pans coupés, ornées d’acanthes appelées « feuilles d’ornement » dans les mémoires de l’ébéniste, complétées de culots feuillagés, apparaissent sur des meubles livrés alors pour les membres de la famille royale, la comtesse de Provence en 1776 ou Madame Élisabeth en 1778. En revanche, les deux grandes chutes de branches de laurier traitées au naturel qui encadrent le panneau central, maintenues par un ruban noué, sont plus exceptionnelles dans l’œuvre de Riesener. Elles figurent sur une commode enregistrée dans le journal du Garde-Meuble en janvier 1775 et destinée à la chambre de la marquise Randon de Pommery, épouse du garde général des meubles de la Couronne. Elles annoncent celles de fleurs variées, encore plus riches, qui ornent le mobilier réalisé pour le cabinet intérieur de Marie-Antoinette à Versailles et livré par Riesener en 1783 (New York, The Metropolitan Museum of Art).

B. R.

Christian Baulez, « La bibliothèque de Louis XVI à Versailles et son remeublement », Revue du Louvre, n°2, avril 2000, p. 59-76.

Bas d’armoire

Jean-Henri Riesener (1734-1806)
Paris, vers 1775-1780
Bâti en chêne, placage de sycomore, satiné, marqueterie
H. 89 ; L. 114 ; pr. 53,5 cm
Legs Alexandrine Grandjean, collection Grandjean, 1923
Inv. GR 825
© Les Arts Décoratifs

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