Vase potiche

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Vase poti­che, manu­fac­ture De Grieksche A, Delft (Pays-Bas), vers 1710 © Les Arts Décoratifs

Datant de 1710 environ, ce vase couvert de très grande taille, dit potiche, devait former la partie centrale d’une garniture de cinq pièces, composée également de vases de forme cornet et bouteille. Sa silhouette imposante, à la panse largement renflée, ses proportions équilibrées sont inspirées des potiches chinoises du XVIe siècle de la dynastie des Ming. Son décor de rochers percés, de branches noueuses et de fleurs chrysan-thèmes, où sont perchés des phénix aux longues queues, est également inspiré de pièces chinoises. En revanche, la polychromie, limitée à trois couleurs – bleu, vert et rouge –, est une interprétation originale de celle des porcelaines japonaises kakiemon et imari contemporaines. Au XIXe siècle, les amateurs qui redécouvrirent la beauté de ces décors les appelèrent « cachemire », par analogie avec les motifs denses de fleurs chatoyantes qui ornaient les châles en provenance d’Inde. La création de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, en 1602, entraîna l’arrivée massive de porcelaines chinoises en Hollande et un engoue- ment sans précédent pour celles-ci. Les faïenciers hollandais cherchèrent à imiter la porcelaine et mirent au point une terre de faïence au grain fin qui, recouverte d’un émail stannifère très brillant, présentait un aspect si proche de la porcelaine chinoise qu’on l’appelait abusivement « porcelaine de Delft ». Les influences conjuguées de l’Asie et de l’Europe donnèrent naissance à des pièces d’un genre nouveau. La ville de Delft, qui comptait à l’époque une vingtaine de manufactures, bâtit sa réputation sur la production de faïences d’une qualité exceptionnelle. Après la mode des décors en camaïeu bleu, inspirés des bleu et blanc de Chine qui avait caractérisé les dernières décennies du XVIIe siècle, un nouveau goût pour une polychromie plus riche apparut. Ce vase a été fabriqué à la manufacture De Grieksche A (« A grec »), alors sous la direction de la veuve de Pieter Adriaensz Kocks qui avait conservé comme marque les initiales de son mari décédé en 1703. La manufacture De Grieksche A figure au premier rang des fabriques delftoises qui s’étaient spécialisées dans l’imitation des porcelaines d’Extrême-Orient. Jouissant d’un prestige immense, elle fournit en particulier de nombreux éléments destinés à la décoration des palais hollandais et anglais de Guillaume III d’Orange-Nassau (1650-1702), stathouder de Hollande et roi d’Angleterre, suivant les dessins donnés par l’ornemaniste de la cour Daniel Marot.

S. M.

Christine Lahaussois, La Faïence de Delft, collections du musée des Arts décoratifs, Paris, Union centrale des arts décoratifs-Réunion des musées nationaux, n°73, 1998, p. 85, repr. 74.

Vase potiche

Manufacture De Grieksche A
Delft (Pays-Bas), vers 1710
Faïence de grand feu
Marque peinte en bleu : PAK
H. 77 ; D. 46 cm
Legs Alexandrine Grandjean, collection Grandjean, 1923
Inv. GR 172
© Les Arts Décoratifs

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