Miroir d'applique

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Miroir d’appli­que, attri­bué à Gabriel Viardot (1830-1906), Paris, vers 1880 © Les Arts Décoratifs

Ce miroir attribué à l’ébéniste parisien Gabriel Viardot est le théâtre d’une rare violence : deux dragons terrifiants s’affrontent sur les bords d’un lac mythique. Leurs corps puissants, musclés, à la peau lisse et brillante, leurs pattes palmées, leurs gueules béantes révélant des dents acérées servent de cadre au miroir. Tout est prévu pour que l’utilisateur voie son visage se refléter au cœur d’une vision d’horreur où se profile le fantasme de la mort. Gabriel Viardot hérita de la manufacture d’ébénisterie familiale parisienne au faubourg Saint-Antoine ; il se fit connaître par la fabrication de meubles librement interprétés du mobilier extrême-oriental et adaptés au goût européen. Sa production se caractérise entre autres par la présence de dragons furieux, qu’il plaçait sur la plupart de ses pièces, sortant d’une niche, surplombant la corniche d’une armoire ou grimpant le long d’un montant de siège. L’origine de la thématique animalière de Gabriel Viardot remonte aux années 1850, alors qu’il débutait comme sculpteur sur bois et s’était spécialisé dans la reproduction d’animaux et de végétation, intégrés dans le décor de petits meubles très appréciés tels que jardinières, coffrets, etc. Sa démarche était contemporaine de celle du céramiste Charles-Jean Avisseau, qui ornait ses plats d’un microcosme foisonnant de serpents, de lézards et de poissons grouillant au milieu d’algues humides de nos marais. À cette première évocation très exacte d’une nature familière prise sur le vif succéda, dans la seconde moitié du XIXe siècle, un goût pour les visions fantasmatiques peuplées d’animaux venus de mondes anciens et lointains, tels que dragons terribles, éléphants placides, serpents, salamandres, etc. Ces ornements symbolistes, posés sur des objets peuplant l’habitat, étaient conçus pour jouer avec la peur dans la vie quotidienne et cultiver la fascination morbide pour le monstrueux. Leur invention réunissait les deux principales sources d’inspiration de l’époque : la Renaissance et l’Extrême-Orient. Viardot incarne très bien l’éclectisme de l’époque : il était connu pour son mobilier « chinois-japonais », alors même que ses dragons étaient directement issus de la Renaissance occidentale, témoignant ainsi de la totale liberté avec laquelle les artistes de la fin du XIXe siècle ont recréé des mondes étranges en jouant avec des décors de toutes origines. Les créations de Gabriel Viardot ont beaucoup plu : il obtint une médaille d’argent à l’Exposition universelle de Paris en 1878, puis la médaille d’or, coup sur coup, à l’Exposition internationale d’Anvers en 1884 et aux Expositions universelles de Paris en 1889 et en 1900.

O.N.-K.

Miroir d’applique

Attribué à Gabriel Viardot (1830-1906)
Paris, vers 1880
Bois de sycomore sculpté, miroir
Acquis grâce au mécénat de Michel et Hélène David-Weill, 2002
Inv. 2002.57.1
© Les Arts Décoratifs

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