Mobilier pour Charles Gillot et sa fille Marcelle Seure

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Mobilier pour Charles Gillot et sa fille Marcelle Seure, Eugène Grasset (1845-1917), des­sin, Fulgraff, ébénisterie et sculp­ture, Paris, vers 1880-1905 © Les Arts Décoratifs

Charles Gillot dirigeait depuis peu l’atelier d’impression spécialisé dans la photogravure que son père avait fondé lorsqu’il se maria et hérita de la maison construite par sa mère à Paris. Il demanda à son ami Eugène Grasset de concevoir le mobilier de sa nouvelle demeure. Charles Gillot était lié avec de nombreux dessinateurs et photographes contemporains dont il imprimait les œuvres ; il était par ailleurs connu dès cette époque pour être un grand collectionneur d’art médiéval et extrême-oriental. Aussi était-il très ouvert aux propositions particulièrement originales d’Eugène Grasset en matière de mobilier. Grâce aux dons généreux de la petite-fille de Charles Gillot, le musée des Arts décoratifs possède les pièces les plus importantes de cette commande : l’imposante cheminée et les vitrines de la galerie abritant sa collection, la table, une paire de chaises et un dressoir de la salle à manger qui en faisait partie, enfin le mobilier que Mme Seure, fille de Charles Gillot, avait commandé à Grasset en 1905 pour sa propre salle à manger, en souvenir de celle de son père. Cet ensemble exceptionnel constitue un témoignage unique des créations de Grasset dans le domaine du décor intérieur. Sa conception architecturale très rigoureuse révèle l’influence de Viollet-le-Duc, dont Grasset connaissait les écrits. L’ossature volontairement massive des horizontales et des verticales annonce les tendances primitivistes qui se confirmeront un peu plus tard, en réaction aux formes trop sophistiquées des meubles inspirés du XVIIIe siècle, fabriqués par la plupart des ébénistes. En outre, Grasset joue sur la contradiction : à cette simplicité des volumes il superpose un vocabulaire ornemental foisonnant, qui mêle thèmes historicistes et symbolistes : rats et belettes, chats sauvages, gueules-de-loup, épis de blé, allégories de l’industrie et de l’agriculture, sphinges, colonnes torses, chouette, cornue d’alchimiste et chauve-souris pullulent, dans une accumulation de motifs que l’œil est invité à parcourir avec gourmandise. La démarche de Grasset est comparable à celle d’un collectionneur : chaque détail est ici comme le fragment d’une culture passée ou lointaine, gréco-romaine, médiévale, orientale et – ce qui est totalement novateur – celtique, qu’il a identifié, redessiné, transposé. Le détournement de ces références et leur assemblage selon des rythmes aléatoires est une manière de s’approprier les cultures du monde et de prolonger dans le mobilier l’inépuisable quête des formes que Charles Gillot poursuivait à travers sa collection. L’unique photographie ancienne que nous conservons de la cheminée évoque bien cette idée de métissage : il en avait fait une sorte d’autel, consacré à la sculpture et aux objets d’un Extrême-Orient multiple. Leur confrontation avec les motifs sculptés d’Eugène Grasset donne à l’ensemble la force impressionnante d’une logique visuelle où le mobilier a été conçu pour se confondre avec les collections.

O. N.-K.

Mobilier pour Charles Gillot et sa fille Marcelle Seure

Eugène Grasset (1845-1917), dessin
Fulgraff, ébénisterie et sculpture
Paris, vers 1880-1905
Dons Gabrielle Richard, 1959, 1968, 2004
Don Marcel et Gabrielle Richard, 1977
Inv. 38190, 41689-41694, 45713-45714, 2004.24.1-2
© Les Arts Décoratifs

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