Lit de parade de Valtesse de la Bigne

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Lit de parade de Valtesse de la Bigne, Édouard Lièvre (1829-1886), Paris, vers 1875 © Les Arts Décoratifs

Ce lit aux dimensions gigantesques, exécuté en bronze patiné et garni de velours de soie, a été réalisé pour Émilie Valtesse de la Bigne, courtisane très en vue à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle, qui s’était fait construire un hôtel particulier par l’architecte Jules Février au 98, boulevard Malesherbes, presque en face de la demeure de son ami le peintre Édouard Detaille. Très introduite dans le milieu des artistes, elle posa pour Édouard Manet et Henri Gervex. Ce lit appartient à la catégorie des lits dits de parade, utilisés dès le Moyen Âge pour permettre à une haute personnalité de recevoir ses hôtes dans sa chambre. À cette fin, ils étaient toujours disposés perpendiculairement au mur. Au XVIIe siècle à Versailles, Louis XIV avait fixé un rituel très précis pour son lever et son coucher en public, maintenant les courtisans à distance par une balustrade posée à quelques mètres du lit et qui délimitait symboliquement l’espace privé du roi. L’originalité du lit de Valtesse réside dans le choix du bronze patiné, qui rappelle le bois doré dans lequel étaient traditionnellement fabriqués les lits de parade. Édouard Lièvre a repris ce thème de la balustrade séparatrice d’espaces, mais il l’a fixée sur le pourtour du lit, définissant ainsi le territoire licencieux des amants. Les seuls regards autorisés ici sont ceux des amours nus et potelés et des faunes grimaçants. Les premiers soutiennent un blason portant la lettre V surmontée d’une couronne marquant la noblesse de la courtisane qui avait usurpé le nom d’une ancienne famille aristocratique. On les retrouve encore, ailés, sous les cassolettes enflammées – symboles des fièvres amoureuses – qui surmontent la balustrade au pied du lit. Valtesse aimait particulièrement le faune qu’elle appelait « le petit dieu malin ». Édouard Lièvre en a placé quatorze autour du baldaquin monumental pour veiller avec un sourire sardonique sur les ébats de la courtisane ; on retrouve encore leurs masques cachés au milieu des feuilles d’acanthe de part et d’autre du blason du chevet. Édouard Lièvre, qui a dirigé de nombreuses et importantes publications d’art décoratif, a aussi conçu un mobilier très raffiné, inspiré de la Renaissance ou de l’Extrême-Orient, généralement enrichi de superbes bronzes d’ameublement. L’écrivain Émile Zola s’est inspiré de cette chambre pour décrire celle de Nana, l’héroïne de son roman le plus scandaleux : elle obtient du comte Muffat « un lit comme il n’en existait pas, un trône, un autel où Paris viendrait admirer sa nudité souveraine. Il serait tout en or et en argent repoussés, pareil à un grand bijou, des roses jetées sur un treillis d’argent ; au chevet une bande d’amours parmi les fleurs se pencheraient avec des rires, guettant les voluptés dans l’ombre des rideaux. » Valtesse avait réuni une grande collection d’objets d’art, mais elle décida de ne léguer que le plus célèbre d’entre eux, son lit, au musée des Arts décoratifs.

O. N.-K.

Roberto Polo, « Édouard Lièvre, un créateur des arts décoratifs au XIXe siècle », L’Estampille-L’Objet d’art, n°394, septembre 2004, p. 102-113.

Lit de parade de Valtesse de la Bigne

Édouard Lièvre (1829-1886)
Paris, vers 1875
Bâti en bois, bronze doré, velours de soie vert
Legs Émilie Louise de la Bigne, dite Valtesse de la Bigne, 1911
Inv. 18176
© Les Arts Décoratifs

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