« La Véranda de la princesse Mathilde dans l'hôtel de la rue de Courcelles »

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« La Véranda de la prin­cesse Mathilde dans l’hôtel de la rue de Courcelles », Sébastien Charles Giraud (1819-1892) © Les Arts Décoratifs

La princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, bénéficia de la fortune de son mari, le prince Démidoff. Très cultivée, elle accueillit dans son salon de nombreux artistes de tous horizons politiques. Sébastien Charles Giraud, spécialisé dans les vues d’intérieur, fit plusieurs tableaux de ses demeures, dont cette véranda située dans le somptueux hôtel particulier de la princesse, rue de Courcelles. La paroi de verre est recouverte d’une toile beige, comme s’il fallait se protéger d’un soleil brûlant. Une lumière douce, un peu sourde, filtre à travers une végétation exotique dense et variée, qui court sur les côtés de la serre. On éprouverait presque une impression de moiteur, s’il n’y avait au centre de la pièce un fouillis de meubles et d’objets hétéroclites, habituellement situés dans un salon. Leur disposition très étudiée ne se révèle qu’aux regards attentifs. Le peintre s’est positionné perpendiculairement à l’entrée de la véranda, marquée par de lourds rideaux de velours qui cachent deux grands vases d’Extrême-Orient ; à leur pied, une paire de guéridons supporte un gros bouquet de fleurs rouges et un bonzaï. Dans l’axe de l’entrée, une statue équestre en bronze a été posée sur une table recouverte d’un tapis rouge. Immédiatement derrière, une vitrine hexagonale surmontée d’un nautile monté abrite une lampe de mosquée et une accumulation de petits objets précieux. Légèrement décalé derrière la table, un fauteuil Louis XV, flanqué d’un petit guéridon mauresque avec un bâton d’encens, un recueil négligemment jeté au sol, un coussin de pied brodé du monogramme M surmonté d’une couronne, laissent deviner que la princesse Mathilde vient de quitter les lieux. Au fond, une Vénus au bain émerge de la végétation, tandis qu’un amour potelé, autour duquel s’est enroulée une longue feuille d’acanthe, lui tend un miroir ovale. La statue et le fauteuil, tous deux blancs, se situent dans le même axe, de telle sorte qu’en entrant le visiteur embrasse d’un seul regard la princesse et la déesse nue. La proximité du cavalier noir et des objets précieux sont autant d’allusions aux raffinements de séduction auxquels invitait ce lieu. La mode des jardins d’hiver et des vérandas s’est répandue dans la plupart les demeures luxueuses de la seconde moitié du XIXe siècle, à la suite de l’impressionnante verrière élevée par Joseph Paxton pour l’Exposition universelle de 1851 à Londres. Cette nouvelle pièce de l’habitat, conçue comme une alternative très libre face aux références historiques plus strictes qui régnaient dans les salons traditionnels, se caractérisait par la présence d’une grande variété de plantes exotiques, au milieu desquelles était généralement disposé un mobilier de jardin. Au plaisir de réunir chez soi de nombreuses variétés botaniques rares s’ajoutait le désir de favoriser un retour aux origines paradisiaques du monde, quand l’homme vivait dans une naïve nudité en harmonie avec la nature.

O. N.-K.

« La Véranda de la princesse Mathilde dans l’hôtel de la rue de Courcelles »

Sébastien Charles Giraud (1819-1892)
Paris, 1864
Huile sur bois
Achat, 1950
Inv. 36323
© Les Arts Décoratifs

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