Pièce centrale du surtout de cent couverts : « La France distribuant des couronnes de gloire »

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Pièce cen­trale du sur­tout de cent cou­verts : « La France dis­tri­buant des cou­ron­nes de gloire », Manufacture Christofle, Paris, 1852-1858 © Les Arts Décoratifs

Depuis le XVIIe siècle, le centre des tables d’apparat était orné d’un ensemble de pièces sculptées appelé surtout, qui servait à la fois de décor et de support pour les candélabres et les récipients à condiments. La pièce principale pouvait prendre les formes les plus variées : éléments d’architecture, animaux ou scènes de chasse, ou personnages allégoriques. Elle était souvent accompagnée de pièces secondaires, réparties sur la surface de la table, dans le but de créer une scénographie somptueuse. Au fil du temps ces ensembles, réalisés d’abord en orfèvrerie puis en porcelaine, sont devenus de plus en plus monumentaux. Le surtout des Cent Couverts a été commandé par le prince-président Louis Napoléon Bonaparte, futur empereur Napoléon III et le neveu de Napoléon Ier, pour les prestigieuses réceptions aux Tuileries. Destiné à une table de trente mètres de long prévue pour cent convives, l’ensemble du surtout comportait quinze pièces monumentales, exécutées en galvanoplastie. Le choix de cette toute nouvelle technique n’était pas un hasard. Ce procédé d’orfèvrerie, dont la manufacture Christofle avait alors l’exclusivité en France, consiste à argenter ou dorer par électrolyse une pièce de bronze, ce qui donne l’apparence de l’or ou de l’argent massif. Toujours intéressé par l’innovation technologique, le prince-prési-dent avait justifié son choix en rappelant que la plupart des grands surtouts en métaux précieux avaient été fondus pour financer des guerres. L’histoire faillit lui donner tort : en 1871, lors de la Commune, le surtout brûla dans l’incendie du palais des Tuileries. Henri Bouilhet, vice-président de la manufacture Christofle, le sauva des cendres et le donna au musée des Arts décoratifs. Les parties rugueuses et les cloques que l’on voit aujourd’hui sur les pièces témoignent de la violence de l’incendie. Dans la pièce centrale, la France ailée distribue des couronnes de gloire à la Guerre, personnifiée par un Grec, et à la Paix, représentée par une jeune femme debout sur un char gaulois. Elle est entourée par la Justice, la Concorde, la Religion et la Force, disposées autour de la voûte céleste ornée de rayons solaires, symboles des Lumières, grâce auxquelles sont nés les principes démocratiques. Les autres pièces du surtout, dont il ne reste que les bases, représentent des personnages allégoriques : les grandes villes de France, les richesses du pays incarnées par le Commerce et l’Agriculture, les Sciences et les Arts, enfin l’Histoire et la Victoire, qui personnifient l’unité et la prospérité de la nation. Il s’agissait manifestement de placer au milieu de la table d’apparat des Tuileries un ensemble associant un programme politique fort et une technique novatrice. Le choix esthétique résolument néoclassique, qu’on a trop vite jugé d’une pauvreté académique, correspond plutôt à la volonté de donner à cette œuvre hautement symbolique une perspective d’éternité.

O. N.-K.

Versailles et les tables royales en Europe, XVIIe et XIXe siècles, catalogue d’exposition, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Paris, Réunion des musées nationaux, 1994

Pièce centrale du surtout de cent couverts : « La France distribuant des couronnes de gloire »

Manufacture Christofle, Paris, 1852-1858
François Gilbert (1816-1891),
Georges Diebolt (1816-1861),
Pierre-Louis Rouillard (1820-1881), sculpteurs
Bronze galvanique et bronze argenté
H. 100 ; L. 292 ; l. 105 cm
Don Paul Christofle et Henri Bouilhet, 1891
Inv. 7023 A
© Les Arts Décoratifs

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