Cabinet à deux corps

Suivant Précédent Toute la collection
Cabinet à deux corps, Henri-Auguste Fourdinois (1830–1907), Paris, 1867 © Les Arts Décoratifs

Henri Fourdinois fut l’un des ébénistes les plus célèbres de la seconde moitié du XIXe siècle ; ses œuvres illustrent le grand talent avec lequel il a interprété le goût Renaissance de cette période éclectique. Il fournit de nombreuses commandes pour les appartements impériaux, à Compiègne et à Fontainebleau notamment, et participa à toutes les Expositions universelles de la seconde moitié du siècle, obtenant régulièrement les plus hautes récompenses. Il présenta ce cabinet à l’Exposition de 1867 à Paris, où l’exceptionnelle qualité de l’ensemble de son stand lui valut la grande médaille d’honneur, puis à celle de 1871 à Londres. De prime abord, ce cabinet frappe par la rigueur de sa construction et la richesse de son décor : l’architecture classique et massive est recouverte d’une multitude de détails sculptés d’inspiration Renaissance. Au-delà d’une simple référence à l’histoire, ce meuble est un manifeste dans lequel plusieurs discours se croisent. Sous le tiroir central, comme cachée dans l’obscurité, l’allégorie de l’architecture, à demi nue, dessine sur un grand livre soutenu par un amour. De part et d’autre, deux chimères ailées surgissent à la lumière, impassibles ; leur corps de levrette est puissamment musclé et leur buste est enserré dans une cuirasse ornée d’un sévère masque de lion. Six personnages rythment la partie supérieure. Au fronton, la Fécondité avec sa corne d’abondance et la Paix portant une couronne de laurier veillent sur deux couples, situés juste dessous : Apollon et Diane au centre, flanqués de Mars et Minerve sur les côtés, incarnent la guerre et l’amour, le jour et la nuit. Tout s’exprime avec force dans un enchevêtrement ambigu de thèmes : les gueules ouvertes des lions, des satyres et des chimères en fureur, les têtes impassibles et froides des personnages, des béliers ou des cerfs, les femmes dénudées et alanguies. La sculpture est très érotisée, contrairement aux motifs de la Renaissance qui l’inspirent, et joue sur des confusions de formes : les rosaces s’apparentent à des seins, les fruits à des testicules d’animaux, les têtes de dauphins à des langues. Ce n’est pas un hasard si Henri Fourdinois a signé son œuvre sous le panneau de l’Architecture. Dans ce cabinet, traité ici en œuvre d’art par l’ébéniste architecte, la structure architecturale a un rôle essentiel : à l’extérieur elle sert à endiguer tout ce grouillement de formes, tandis qu’à l’intérieur un décor plus austère d’incrustations d’ivoire et d’argent rythme luxueusement les douze tiroirs. Le choix de la Renaissance comme référence esthétique est apparu dès 1830 avec Aimé Chenavard et s’est développé dans l’ameublement sous l’influence romantique, en associant la culture humaniste aux expressions de la sensualité et de la colère. À la fin du siècle ces décors sculptés seront jugés excessifs et favoriseront un retour aux meubles plus sévères et plus sombres. Le cabinet de Fourdinois se situe à la charnière de ces deux tendances.

O. N.-K.

Cabinet à deux corps

Henri-Auguste Fourdinois (1830–1907)
Nivillier (dessins d’ornements), Party (modelage des corps), Hugues Protat, Primo et Maigret (sculptures)
Paris, 1867
Noyer sculpté, incrustations du jaspe sanguin et de lapis-lazuli, intérieur incrusté d’ivoire et d’argent
Legs Marguerite Antoinette Fourdinois, 1922
Inv. 29921
© Les Arts Décoratifs

Si vous souhaitez utiliser ce visuel, veuillez contacter la photothèque des Arts Décoratifs

Plan du site   Flux RSS   Contacts   ©   Crédits
Ministère de la Culture     Les Arts Décoratifs 107, rue de Rivoli 75001 Paris - tél. : 01 44 55 57 50