Soupière

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Soupière, Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850), Paris, 1819 © Les Arts Décoratifs

Agenouillées, rassemblant leurs forces, deux Victoires ailées élèvent cette soupière à une hauteur inhabituelle. Leurs vêtements à l’antique révèlent plus qu’ils ne cachent leur corps svelte. Sur la base, quatre bustes de femmes, ailées mais cette fois dévêtues, se prolongent en de puissantes griffes de lion. Aux anses, deux cygnes, dont les cols aux plumes soigneusement dessinées se recourbent sur eux-mêmes avec élégance, déploient leurs larges ailes. Ce thème de l’envol et le détail des corps mis à nu, surprenants pour une soupière, se comprennent mieux lorsqu’on découvre qu’il sont associés aux évocations des bacchanales : des grappes de raisins ornent les quatre têtes de Jupiter qui rythment le socle ; on les retrouve mêlées aux épis de blé, aux ajoncs et aux dauphins sur la bordure supérieure de la coupe. La vigne place cette soupière sous le signe de la fête et de l’opulence. Jean-Baptiste Claude Odiot, créateur de cette pièce d’après le dessin d’Adrien Louis Marie Cavelier, a été l’un des plus importants orfèvres sous l’Empire. Il avait fondé sa réputation sur sa technique de fixation des motifs décoratifs : chaque élément était fabriqué séparément, puis fixé sur le corps principal de la pièce à l’aide de petites vis et de boulons. Cette simplicité de manipulation permettait d’inventer une grande variété de modèles de bordures, pieds, anses, boutons de couvercle déclinés en plusieurs tailles, offrant ainsi un large éventail de choix à chaque client. Odiot s’était acquis une nombreuse clientèle fortunée, française et étrangère. Une soupière d’un modèle très proche de celle-ci fut achetée par Nicolas Démidoff, richissime prince russe installé à Paris en 1815, qui passa commande d’un somptueux service en vermeil de 219 pièces d’orfèvrerie, dont une partie fut présentée à l’Exposition des produits de l’industrie de 1819. Devant le succès qu’elles remportèrent, Odiot voulut laisser sa marque dans l’histoire de l’orfèvrerie française et décida d’offrir au gouvernement trente-deux modèles en bronze pour servir à la formation des jeunes orfèvres. Cette collection unique a été déposée au musée des Arts décoratifs en 1892. En 1907, la manufacture d’orfèvrerie Christofle proposa d’argenter l’ensemble des pièces par galvanoplastie ; la commission du musée accepta, pensant « que ce serait intéressant de donner à cette collection son caractère véritable ». En déposant une fine couche d’argent sur chaque pièce, Christofle a fait disparaître l’aspect sombre et mat du bronze et avec lui la dimension inachevée de tout modèle d’atelier. Cette transformation peut nous paraître scandaleuse aujourd’hui. La cause était noble et non dénuée d’avantages : l’opération offrait à Christofle l’occasion unique d’associer son nom à celui d’un prédécesseur très prestigieux. Elle démontrait que par un précédé industriel simple et peu onéreux, les orfèvres étaient capables de mettre le grand luxe à la portée de tous.

O. N.-K.

Soupière

Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850)
Paris, 1819
Bronze argenture electrolytique, manufacture Christofle
H. 52 ; l. 49 ; pr. 27,7 cm
Dépôt Fonds national d’art contemporain, 2006
Inv. FNAC PFH-4537
© Les Arts Décoratifs

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