Berceau de parade du duc de Bordeaux

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Berceau de parade du duc de Bordeaux, Félix Rémond (1779- ap. 1860), ébéniste, Jean-François Denière et François Thomas Matelin, bron­ziers, Paris, 1819 © Les Arts Décoratifs

Ce meuble est emblématique des aspirations politiques des Français au lendemain de l’Empire, et son histoire mouvementée résume l’inquiétude que suscitait Louis XVIII, roi âgé et sans descendance. Dans la crainte de vivre de nouveaux troubles politiques, chacun espérait que le jeune duc de Berry, neveu du roi et son héritier désigné, aurait un fils. Lorsqu’on annonça que sa femme était enceinte, il fut décidé de préparer le berceau du roi de Rome (actuellement conservé à Fontainebleau), après avoir remplacé l’Aigle impériale par la Renommée, qu’on lui connaît aujourd’hui. Malheureusement le nouveau-né, une petite fille, mourut quelques heures après sa naissance. À la seconde grossesse de la duchesse, le Garde-Meuble royal décida cette fois de commander un nouveau berceau dont le décor manifesterait autant la victoire sur la mort que celle des Bourbons sur l’empire napoléonien. Ce fut encore une fille qui naquit, Louise-Marie-Thérèse, provoquant une certaine déception. Lorsque enfin naquit un fils, Henri, duc de Bordeaux, la liesse populaire fut d’autant plus grande que le père avait été assassiné quelques mois plus tôt. Le berceau de Louise-Marie-Thérèse servit à nouveau et le nom du jeune prince fut associé au meuble comme s’il en avait été le premier et seul destinataire. Ce luxueux berceau relève de la catégorie des meubles dits de parade, réservés aux cérémonies officielles. Des deux berceaux de parade utilisés pour les enfants du duc de Berry, celui « du duc de Bordeaux » frappe par la nouveauté de sa conception. La Renommée, femme ailée représentant la clameur de l’opinion publique, est ici traitée sur un mode original : elle fait littéralement corps avec la nacelle ovale et, tournée vers l’avant, prend son envol pour élever très haut dans le ciel une corne d’abondance débordant de fruits et légumes. Tout ici s’oppose à la Renommée qui fut posée sur le berceau du roi de Rome pour la naissance de sa sœur aînée : penchée sur l’enfant, elle veille sur son sommeil en retenant le voile protecteur du chevet. Comme si les Bourbons affichaient ici leur volonté de se tourner résolument vers l’avenir. Dans le nouveau berceau, la nacelle est soutenue par quatre autres cornes d’abondance aussi opulentes que celle de la proue. Et les flancs de la barque, exécutés comme une carène de bateau, sont ornés de médaillons représentant les arts et les sciences, traditionnellement symboles de paix et de prospérité. Cette insistance sur le thème de la prospérité, associé à la guirlande de laurier qui court tout autour de la bordure du berceau, exprime la volonté toute politique d’affirmer que l’envol vers la gloire du jeune duc, héritier des Bourbons, assurera enfin paix et stabilité à la France.

O. N.-K.

Un Âge d’or des arts décoratifs, 1814-1848, catalogue d’exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, Réunion des musées nationaux, 1991.

Berceau de parade du duc de Bordeaux

Félix Rémond (1779- ap. 1860), ébéniste
Jean-François Denière et François Thomas Matelin, bronziers
Paris, 1819
Bâti de chêne, placage et incrustations de loupe de frêne, loupe d’orme, noyer et amarante, bronze doré
Dépôt collection du Mobilier national, 1927
Inv. MOB NAT GMEC 38
© Les Arts Décoratifs

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