« Tête de Faune »

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« Tête de Faune », Jean-Joseph-Marie Carriès (1855-1894), Saint-Amand-en-Puisaye, 1890-1891 © Les Arts Décoratifs

Mi-homme, mi-bouc, Faunus était considéré par les Romains comme une divinité rustique, protégeant la nature et suscitant la fécondité. Réputé bienveillant, il était cependant redouté pour ses agressions imprévisibles et pour les oracles terrifiants qu’il rendait la nuit dans les bois. Il était représenté avec des cornes sur le front, de grandes oreilles mobiles et des pieds de bouc. Ici Carriès nous propose une vision inhabituelle du faune. Sa tête est penchée, il a fermé les yeux et se laisse surprendre dans un abandon dont on ne sait s’il s’agit d’un sommeil, d’une méditation ou d’une douleur. Ses oreilles, qui dessinent une diagonale dynamique, semblent frémir au moindre bruit. Elles évoquent la bestialité du dieu, de même que ses cheveux et sa barbe foisonnants, esquissés avec une nervosité sauvage. Par contraste, le visage, fin et sensible, fixe l’insaisissable instant où la tristesse est gagnée par l’apaisement. Le front plissé, presque soucieux, laisse à peine apparaître les cornes, comme si ce symbole de puissance virile avait cédé sous la pression d’un renoncement accepté. De la chevelure jusqu’à la joue coule une goutte de glaçure qui fait penser à une larme pleine d’humanité. Le sculpteur Jean Carriès appartient à la génération des artistes symbolistes qui exprimèrent une vision spirituelle du monde, où les thèmes de la mort, du mal et de la décadence occupaient une place centrale. Carriès fit d’abord œuvre de statuaire, assez peu reconnue par ses contemporains. À l’Exposition universelle de Paris en 1878, il fut fasciné par les céramiques et les émaux japonais qui y étaient présentés, et orienta son travail vers la poterie, sans pour autant abandonner la sculpture. En 1888 il décida de s’installer à Saint-Amand-en-Puisaye, village traditionnel de potiers, pour y travailler le grès. Sa Tête de faune est l’une des premières œuvres qu’il y réalisa. Carriès a probablement attaché une importance particulière à cette Tête de faune, puisqu’il l’avait d’abord réalisée en cire en 1888, puis en bronze, avant de l’aboutir dans cette version, la plus sensible, en grès recouvert d’émaux mats.

O. N.-K.

« Tête de Faune »

Jean-Joseph-Marie Carriès (1855-1894)
Saint-Amand-en-Puisaye, 1890-1891
Grès émaillé
Don Eugène Soubiran, 1939
Inv. 34361
© Les Arts Décoratifs

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