Modèle de couronnement de fontaine : « La Fortune »

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Modèle de cou­ron­ne­ment de fon­taine : « La Fortune », James Tissot (1836-1902), France, vers 1878-1882 © Les Arts Décoratifs

Le peintre anglais James Tissot a conçu ce projet tout à fait singulier à l’époque où il comptait réaliser des cycles mystiques et de grands sujets moraux. Cette œuvre éclectique associe des mythes antiques, bibliques, bouddhistes et chinois, dans une étonnante vision cosmogonique du bien et du mal. La tortue, symbole cosmique, supporte l’Univers sur sa carapace. Elle nage dans les eaux primordiales, et y régénère le monde qu’elle stabilise. Tissot en a fait le symbole de la patience, à l’origine de tout succès. L’Univers, sphère bleue autour de laquelle sont inscrits les signes du zodiaque, représente le temps qui s’enfuit. Il est habité par trois personnages qui expriment les passions humaines : la Fortune, nue et ailée, est assise sur la boule de cristal de la voyante ; elle soulève le bandeau qui recouvre ses yeux. L’Amour/Compassion, jeune éphèbe adossé à la carapace de la tortue, a aussi retiré son bandeau et posé ses armes. Enfin l’Ambition/Égoïsme, jeune femme qui, tel Hercule, a revêtu la peau du lion de Némée, rampe sur la voûte céleste. Trois serpents enserrent de leurs anneaux l’Univers et la boule de cristal. Une fleur de lotus contient les eaux originelles et repose sur six grenades ouvertes, fruit infernal, dont un pépin avait entraîné Perséphone aux Enfers. La devise Tout vient à point pour qui sait attendre, en six langues, court tout autour de la base, et les signes du yin et du yang sont placés au centre d’un disque solaire caché sous la tortue. Le délire de Tissot se nourrit de mythes qu’il a inextricablement liés, parmi lesquels le serpent occupe la place centrale. L’Amour et la Fortune se ressemblent dans leur refus d’être aveugles et les deux reptiles qui leur sont associés rampent à la rencontre l’un de l’autre. L’Ambition solitaire et dévorante, qui a placé sa tête dans la gueule du lion, se glisse ventre au sol vers le troisième reptile, dans un face à face narcissique, qui serait mortel si la peau du lion de Némée ne la protégeait de toute atteinte. Comme la tortue, le serpent est ambivalent, à la fois bien et mal, vie et mort. Il assure le fragile équilibre de la Fortune, qui peut s’envoler à tout instant, dès lors que les imprévisibles mouvements des animaux et des passions humaines peuvent provoquer l’effondrement du monde. En cette fin du XIXe siècle, profondément marquée par l’ésotérisme, James Tissot et ses contemporains avaient le sentiment d’appartenir à un monde décadent, que seul un retour aux origines pourrait régénérer.

O. N.-K.

Modèle de couronnement de fontaine : « La Fortune »

James Tissot (1836-1902)
France, vers 1878-1882
Bronze patiné, bronze argenté, argent, émail cloisonné, noyer, verre
Don Albert Bichet, 1908
Inv. 14755
© Les Arts Décoratifs

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