Vase Tripode

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Vase Tripode, Suzanne Ramié (1905-1974), Atelier Madoura, Vallauris, 1950 © Les Arts Décoratifs

Formée à l’école des beaux-arts de Lyon, Suzanne Ramié débuta sa carrière comme dessinatrice textile pour la maison lyonnaise Gillet. En 1938, elle fonda à Vallauris avec son mari Georges Ramié un atelier qui tire son nom de leurs initiales respectives : Madoura (MAison DOUly RAmié). La production locale était encore utilitaire et de facture traditionnelle. Prolongeant cette tradition, elle débuta par des pièces utilitaires (services de table Louis XV, épis de faîtage, bourraches) vernies à l’alquifoux en vert ou en jaune. Très vite, sa formation de dessinatrice l’amena à concevoir des formes plus fantaisistes, en rupture totale avec la création ambiante, comme en témoignent ses carnets de croquis des années 1949-1950. Créé en 1950, ce vase tripode est une pièce représentative de cette rupture. Exceptionnel par sa taille autant que par la nouveauté de son dessin, cet énorme pichet, soutenu par trois pieds, étonne par ses formes généreuses. Une référence à une céramique chypriote de 2300-2000 av. J.-C.n’est ici pas exclue, même si les pièces anthropomorphes et zoomorphes ne sont pas rares dans l’œuvre de Suzanne Ramié : pique-fleurs canard, cafetière avec goitre, pied de lampe poisson, pied de lampe femme... Ce type de céramique figurative, fréquent dans l’art populaire, était alors modernisé par de nombreux céramistes, Georges Jouve en tête. Avec une pointe d’humour, Madoura tourne ici hardiment le dos aux « pièces folkloriques et provençales » de ses débuts. Picasso fut sans doute le premier à sentir le vent de nouveauté qui soufflait dans cet atelier : le choix de Madoura pour y réaliser son œuvre céramique (environ 3 500 pièces originales et 600 éditions) ne fut en rien un hasard. L’arrivée durable de Picasso à Vallauris en 1948 allait à la fois rendre célèbre cet atelier et mettre en sommeil sa production courante. Pourtant Suzanne Ramié n’abandonna pas sa propre création. Afin de ne pas entrer en concurrence avec le maître, elle n’utilisa alors que des émaux monochromes qui variaient suivant les époques : blanc, jaune vif, bleu profond, orange. Le blanc utilisé pour ce vase tripode est courant dans cette période. L’année suivant sa création, Picasso décore cette forme qui fera l’objet d’une édition à soixante-quinze exemplaires. Si en optant pour le blanc, Suzanne Ramié a atténué l’aspect anthropomorphe de cette pièce, Picasso, au contraire, l’accentue pour en faire une tête de femme accoudée sur ses avant-bras repliés.

D. F.

Suzanne Ramié, atelier Madoura, catalogue d’exposition, musée de Vallauris, Éditions Madoura, 1998.

Vase Tripode

Suzanne Ramié (1905-1974)
Atelier Madoura, Vallauris, 1950
Faïence émaillée
Tampon en creux sous un pied : Madoura plein feu
H. 73 ; D. 29 cm
Acquis grâce au mécénat de Fabergé, 2001
Inv. 2001.61.1
© Les Arts Décoratifs

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