Fauteuil

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Fauteuil, René Coulon (1908-1997), France, 1938 © Les Arts Décoratifs

À l’âge de vingt-sept ans, deux années après l’obtention de son diplôme d’architecte, René Coulon entra en relation avec la Compagnie de Saint-Gobain qui lui demanda de réfléchir à l’avenir des produits verriers dans le bâtiment moderne. Le premier résultat de cette collaboration fut un brillant coup d’éclat : le pavillon de la Compagnie à l’Exposition internationale de 1937. Coulon en cosigna la conception avec le décorateur Jacques Adnet, mais ses aspects les plus modernes lui reviennent. Le pavillon de Saint-Gobain, qui remporta cinq grands prix, notamment ceux d’architecture et de mobilier, est une extraordinaire et ludique « folie » contemporaine, expérimentant tous les usages des matériaux verriers. Parmi ces nouveautés figurait un exceptionnel ensemble de mobilier : sièges, guéridon et tables en verre transparent, opaque noir et opaque blanc, qui exploitaient les possibilités offertes par la maîtrise industrielle de la trempe du verre. Il s’agit d’un traitement thermique qui rend le verre plus solide et moins dangereux en cas de casse ; l’industrie automobile en deviendra une application importante. La trempe du verre était bien sûr une avancée technique de Saint-Gobain mais les brevets pour le mobilier furent déposés au nom du jeune architecte qui, en 1937, collaborait aussi avec Robert Mallet-Stevens et fut invité au pavillon de l’Union des artistes modernes, association qu’il rejoindra officiellement en 1944. Le modèle de ce fauteuil, que l’architecte avait gardé dans son bureau et qu’il donna au musée des Arts décoratifs en 1982, ne fait pas partie du groupe présenté en 1937, mais apparut en 1938. Trois plaques de verre, aux deux faces polies, ont été découpées en rectangles, « bombées », ou courbées, à chaud sur une matrice, puis « trempées », c’est-à-dire rapidement refroidies. Quasiment identiques, ces trois surfaces transparentes sont réunies par vissage à l’assise en bois gainé de cuir blanc, formant les pieds, les accoudoirs et le dossier de ce fauteuil en fausse apesanteur. La simplicité, pour le moins théorique, du module industrialisable et la sobriété du dessin s’incarnent ici de façon inattendue. Comme ses prédécesseurs, ce meuble a été fabriqué par Saint-Gobain mais édité et diffusé par la maison Hagnauer, une importante miroiterie parisienne. Malgré les fantasmes d’hygiène, de modernité et d’élégance qu’ils nourrissent, ces meubles, et les sièges en particulier, sont relativement fragiles et chers, et n’ont eu qu’une courte durée de vie. Ils figurent comme de rares comètes parmi les aventures du mobilier « industriel » en France dans les années 1930. Même s’ils restent expérimentaux et surtout objets de publicité et de communication, ils sont le fruit d’une des rares unions réussies entre industriels et créateurs français de cette époque. De fait, Coulon continua sa collaboration avec Saint-Gobain et avec d’autres secteurs industriels comme la sidérurgie, mais en tant qu’architecte de bureau et de laboratoire.

J.-L. O.

Jean-Luc Olivié, « Saint-Gobain », dans Paris 1937. Cinquantenaire de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, Bertrand Lemoine (sous la dir. de), Paris, musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Paris, Institut français d’architecture-Paris-Musées, 1987.
Maurice Hamon, « Le mobilier en verre de René Coulon », Verre, vol. VIII, n°1, mars 2002, p. 28-33.

Fauteuil

René Coulon (1908-1997)
France, 1938
Verre à faces polies ou « glace », bombé et trempé ; assise en cuir
H. 86 ; l. 59 ; pr. 56 cm
Don de l’artiste, 1982
Inv. 51060
© Les Arts Décoratifs

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