Broc à eau ou à vin

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Broc à eau ou à vin, Keller Frères, Paris, 1900 © Les Arts Décoratifs

Lors de l’Exposition universelle de 1900, les critiques remarquèrent particulièrement la série de brocs à vin et à eau, réalisés par la maison Keller Frères et présentés dans la classe de l’Orfèvrerie. Si le rapporteur Henri Bouilhet – le directeur de la maison Christofle – exprima quelques réticences, il n’en fut pas de même de Victor Champier, qui souligna leurs qualités : « La forme est d’une originalité si expressive, les anses sont si bien combinées pour le poids du récipient, les panses et le bec ont des lignes si franches, si logiquement construites, que chacun de ces ustensiles, avec sa physionomie parlante, enjouée ou morose, n’a besoin de nul ornement. Tout décor nuirait à l’effet. Voilà une orfèvrerie excellente, qui fait penser à un art primitif, à la fois, sain et fort. » Sur les quatre brocs, de formes très différentes, qui appartiennent à cet ensemble, deux sont conservés au musée d’Orsay, un autre au musée du Petit Palais et enfin le dernier a été acquis par le musée des Arts décoratifs en 1997. Ces pièces aux lignes anguleuses (comme ici) ou fluides (musée d’Orsay) sont des réalisations tout à fait originales en regard des productions contemporaines. Les orfèvres Art nouveau, en effet, préféraient le plus souvent orner d’un décor naturaliste des formes classiques, tandis que les frères Keller inventaient des formes simples et construites, étudiées et adaptées à leur usage, sans décor rapporté. Ils donnaient toute son importance au métal qu’ils travaillaient en jouant sur le poli de la surface et les reflets de la lumière. La simplicité des volumes, la qualité de la matière et de l’exécution font de ces œuvres les premiers objets de design en France. Fondée en 1857 par Gustave Keller, la maison Keller était à l’origine spécialisée dans les nécessaires et la maroquinerie. En 1878, les deux fils de Gustave avaient repris la firme sous la raison sociale Keller Frères et ajouté l’orfèvrerie à leurs activités. À l’Exposition universelle de Paris de 1889, l’orfèvre Lucien Falize qualifia leurs pièces d’orfèvrerie de « petits chefs-d’œuvre d’ajusté, de netteté, de joliesse étrange ». En 1900, la maison Keller Frères exposa aussi bien des services de table, de style Louis XIV, que des objets Art nouveau, tel le nécessaire de toilette à décor naturaliste, réalisé pour l’architecte Édouard Corroyer (commencé par Lucien Falize – décédé en 1897 – et terminé par la maison Keller, cet ensemble est aujourd’hui conservé au musée des Arts décoratifs). La maison Keller se fit également une spécialité des montures de vases dont le département des Arts graphiques du musée des Arts décoratifs conserve plusieurs dessins.

É. P.

Lucien Falize, Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Rapports du jury international publiés sous la direction de M. Alfred Picard. Groupe III. Mobilier et accessoires. Classe 24. Orfèvrerie, p. 490.
Victor Champier, « Les industries d’art à l’Exposition universelle de 1900 », Revue des arts décoratifs, 1902, p. 194.

Broc à eau ou à vin

Keller Frères
Paris, 1900
Argent doré (vermeil)
H. 26 ; l. 18 ; pr. 12,5 cm
Acquis grâce au mécénat de Michel et Hélène David-Weill, 1998
Inv. 997.119.1
© Les Arts Décoratifs

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