Coiffeuse

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Coiffeuse, René Herbst (1891-1982), Paris, 1931 © Les Arts Décoratifs

Répondant à la commande de l’Aga Khan, René Herbst rénova, de 1930 à 1933, son hôtel particulier, situé 55, rue Scheffer à Paris, en concevant la totalité de l’aménagement intérieur. Son programme : « Équilibre, logique, pureté », répondait aux nouvelles exigences d’une vie pratique, confortable et hygiénique. La salle de bains devint une pièce à part entière, largement éclairée, les matériaux choisis avec soin étaient adaptés aux conditions d’humidité, le mobilier s’intégrait parfaitement au décor. La coiffeuse, qui fut présentée à la troisième exposition de l’Union des artistes modernes (UAM) en 1932, est l’un des meubles les plus célèbres de René Herbst. Réalisée pour la bégum, elle était accompagnée d’une chaise à dossier bas et évidé, dont la structure se compose d’un tube d’acier continu qui soutient l’assise en bois. Les matériaux sont issus de l’industrie – verre, miroir, métal –, l’éclairage est intégré au miroir, une préoccupation de confort et d’ergonomie sous-tend la conception du repose-pieds. L’élégance réside dans l’équilibre entre la dureté brillante du métal et la douceur des tons beiges rosés de la tôle peinte, ainsi que dans le jeu lumineux entre le métal chromé et le miroir. Grâce à un ingénieux mécanisme, la disposition du miroir peut être réglée à l’aide d’une glissière discrète, intégrée au plateau-miroir. Architecte d’intérieur, ingénieur-constructeur, ensemblier, René Herbst fut l’un des initiateurs de l’Union des artistes modernes. Attiré par les techniques et les produits issus de l’industrie, il noua des liens privilégiés avec l’Office technique pour l’utilisation de l’acier (OTUA), concepteur de paquebots, qui ont duré de 1930 à 1961. Loin d’être effrayé par les mutations de son époque, il anticipait les changements. Il a produit pour l’édition des meubles simples, fonctionnels et confortables, archétypes d’une modernité étonnante, telles la Chaise à sandows, de 1929, et la Chaise longue aux sandows, de 1931. Le commanditaire de la coiffeuse, Mohammed Shah (1877-1957), plus connu sous le titre d’Aga Khan III, était le chef de la communauté religieuse des ismaéliens. Grand voyageur, passionné de culture comme sa seconde femme, Teresa Magliano, il était « avide de goûter à cette naissance de l’art sous toutes ses formes et sous toutes les latitudes ». Enthousiasmés par l’Exposition de 1925, tous deux se faisaient l’écho d’une société « où se fond l’aristocratie de l’argent, de la connaissance, du goût, qui de San Francisco à Moscou impose ses règles et son art de vivre ». La rénovation de son hôtel particulier de la rue Scheffer témoigne d’une personnalité hors du commun et en avance sur son temps ; de fait, sa rencontre avec un pionnier comme René Herbst ne pouvait donner naissance qu’à une œuvre singulière.

H. A.

Yann Kerlau, Les Aga Khan, Paris, Perrin, 1990.
Solange Goguel, René Herbst, Paris, Éditons du Regard, 1990.
Yvonne Brunhammer, Le Mobilier français, Paris, Massin, 1997.
Guillemette Delaporte, René Herbst, pionnier du mouvement moderne, Paris, Flammarion-Union centrale des arts décoratifs, 2004.

Coiffeuse

René Herbst (1891-1982)
Paris, 1931
Acier chromé, verre, laque, miroir à trois volets, lampe intégrée
H. 71,5 ; L. 109 ; l. 60 cm
Dépôt du Fonds national d’art contemporain, 1985
Inv. FNAC 1956
© Les Arts Décoratifs

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