Lieutenant Nissim de Camondo en 1917 © Les Arts Décoratifs

Nissim de Camondo et la Grande Guerre 1914-1917

Journal de campagne du maréchal des logis Nissim de Camondo du 3e Hussards, 4e Escadron

Du 24 au 30 novembre

Du 19 novembre au 5 décembre 1914, le régiment de Nissim de Camondo reste cantonné à Watten, près de Saint-Omer. La guerre semble lointaine et la situation est calme. Cette période de repos loin du feu, bien que monotone, est appréciée de tous. La seule distraction, écrit Nissim, est d’aller à Saint-Omer où stationnent les soldats anglais. La situation stratégique de cette ville y explique la présence du Grand Quartier Général des Armées Britanniques (GQG) installé depuis octobre 1914. Nissim qui a reçu la visite de sa tante Hélène Abrahmi (née Reinach) suggère à son père et à sa sœur Béatrice de venir le voir eux aussi. Il pense également à ses camarades et rappelle, dans l’une de ses lettres, que les colis sont toujours les bienvenus : « quant aux hommes, les gants, chaussettes, cache-nez, passe-montagne, etc… leur feront beaucoup de plaisir car ils n’ont encore rien touché, sauf des tricots il y a un mois ».

Mardi 24 novembre
Repos. Messe.

Mercredi 25, jeudi 26 novembre
Repos.

Vendredi 27 novembre au mercredi 2 décembre
Repos. Letard est nommé officier. Visite d’Hélène Abrahmi.

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La Grande guerre 1914-15. La Messe sur le champ de bataille dans le nord de la France. Un Zouave du 4e régiment sert d’assistant au Prêtre pour la cérémonie.

Du 17 au 23 novembre

Le 17 novembre, le régiment de Nissim de Camondo part pour le front et fait cap vers la mer du Nord. Il s’agit de prendre l’ennemi de vitesse pour contrôler le territoire encore vide de troupes qui s’étend entre l’Aisne, la Manche et la mer du Nord. Puis, il est mis en réserve afin de rejoindre Serques, près de Saint-Omer. Logé confortablement, Nissim profite de ce moment de repos pour écrire longuement à son père et tenter de cuisiner. Sa santé et son moral sont bons. Il apprécie cette pause loin des tranchées, car la pluie a laissé place au verglas et à la neige : l’hiver s’est installé et il gèle à pierre fendre.

Mardi 17 novembre
Départ à 7 h.30 en vitesse. Faisons 35 kilom. pour retourner au front. Arrivons à 1 heure à Westoutre. Escadron dans une prairie, nous dans une ferme. A 5h ½ sommes remplacés par des renforts d’infanterie et recevons ordre de retourner à notre cantonnement de Ledringhem. Arrivons à 11 h. du soir après un voyage laborieux (convois, Gal de Lastours en panne, etc.). Total 70 à 80 kilom. pour la peine.

Mercredi 18 novembre
A 8 heures réveil en fanfare par l’officier. Le cycliste n’est pas venu nous réveiller. Tout le régiment est parti depuis ½ heure. On selle en vitesse, mais 3 chevaux déferrés. A 9 heures ½ nous partons par Broxeele et Watten pour Serques au bord du canal. Arrivée 3 heures après les autres ; réception plutôt fraîche du Commandant Danglade. Bon cantonnement ; excellent lit.

Jeudi 19, Vendredi 20, Samedi 21 novembre
Repos.

Dimanche 22 novembre
Repos. Promenades à Saint-Omer.

Lundi 23 novembre
Repos. Carriole, pêche etc.

Du 10 au 16 novembre

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Ypres, Tour des halles aux draps, 1914

Cantonné sur les hauteurs à quelques encablures d’Ypres, le régiment de Nissim de Camondo assiste à la mise à sac de la ville flamande. Dans les lettres qu’il adresse à son père, le jeune hussard témoigne avec verve des combats qui font rage. D’Armentières au littoral, sur cette vaste plaine où se joue le conflit, la ville résiste malgré la virulence des assauts des troupes ennemies qui l’encerclent presque totalement. Au cours de la semaine, dans le vent, le froid et sous une pluie battante, alors que les combats s’enlisent en faveur des alliés, les villes de Dixmude au nord et de Messines au sud sont reprises. Les positions de chacun des camps se stabilisent et le régiment de Nissim de Camondo, alors en retrait, est au repos. Désormais, les actions se font moins violentes rapporte Le Temps (15 novembre 1914) qui invite le lecteur à s’interroger : « l’ennemi éprouve-t-il de la lassitude après les vigoureux efforts des jours précédents ou attend-il de nouveaux régiments pour renouveler ses attaques ? Peu importe, nous l’avons repoussé et nous le repousserons encore ».

Mardi 10 novembre
Repos.

Mercredi 11 novembre
Montons au moulin (laïus de l’officier belge) d’où on voit admirablement la bataille : les 2 pinces du fer à cheval qui se resserrent sur Ypres. Trainons toute la journée et finissons par aller cantonner à 8 heures du soir à Westoutre par une pluie diluvienne.

Jeudi 12 novembre
Trainons toute la journée par un vent glacial et allons cantonner près de Loire, à Brullebs, derrière le Grand-Moulin (même cantonnement que le 9).

Vendredi 13 novembre
Départ à 7h. du matin et poireautage toute la journée. Allons cantonner à 10 kilom. En arrière derrière Poperinghs tous près d’Abeels. On se débrouille ; bonne ferme. Deschmaker dans le fossé.

Samedi 14 Novembre
Départ à 7h. du matin. Poireautage toute la journée dans notre éternelle prairie entre Poperinghs et Reninghelst. A 4 h. départ et arrivée à 11h30 du soir à Ledringhem au nord-ouest de Cassel (ferme épatante ; difficile à faire ouvrir la porte).

Dimanche 15 novembre
Repos.

Lundi 16 novembre
Repos.

Du 3 au 9 novembre

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Repas pris dans les premières tranchées
L’illustration, 30 janvier 1915

Le régiment de Nissim de Camondo est à nouveau sur le front et participe à la dernière étape de « La Course à la mer ». Nissim est assez disert dans son journal et, plus encore, dans les nombreuses lettres qu’il adresse à sa famille. On note la finesse de ses observations et la précision de ses renseignements. Sur le front, les premières tranchées sont creusées et font réellement la différence - notamment celles qui disposent de véritables chambres souterraines -, face à la redoutable artillerie allemande (les fameuses « marmites ») qui décime les hommes par dizaines.

C’est au cours de cette première semaine de novembre 1914 que Nissim demande à son père de lui envoyer un appareil photographique, car « il y a des sujets inoubliables à prendre ». Le 5 novembre, surlendemain de la Saint-Hubert, il évoque un « déjeuner excellent » grâce au cochon qu’il a lui-même cuisiné et « servi avec une baïonnette comme si c’était un sanglier ».

Mardi 3 novembre
Retournons en réserve derrière Kemmel. Passons la journée tranquille. A 4 heures recevons brusquement un ordre de combat à pied. Toute la division est engagée pour donner l’assaut à Messines. Faisons 8 kilom ; à pied et passons la nuit à Vulverghem.

Mercredi 4 novembre
Nous sortons du village vers 7 heures (juste à temps à cause des marmites) et nous creusons des tranchées-abris monstres. A la nuit nous réintégrons le village terriblement mitraillé pendant la journée. Beaucoup de blessés surtout cyclistes. Les balles sifflent toute la nuit dans le patelin.

Jeudi 5 novembre
Au jour nous retournons occuper nos tranchées ; nous les agrandissons. On tue un cochon ; déjeuner excellent.
A 3h30 duel d’artillerie et attaque de Messines par nous, par 2 bataillons infanterie (156e) sans succès parce que les chasseurs d’Afrique lâchent.
Même cantonnement au village.

Vendredi 6 novembre
Retournons aux abris et creusons des tranchées de tir à côté. Brouillard à couper au couteau. Dans l’après-midi formidables marmites ; trous effrayants à côté de nous. Le 13e Hussards 10 hommes d’un coup ; 2 Dragons mutilés et enterrés dans tranchée à côté de nous. Les balles sifflent pour rentrer au village ; obligé de m’arrêter un quart d’heure derrière une maison. Enfin nous passons. Après dîner l’ordre arrive de retourner aux chevaux. Départ à 10h30 ; remplacés par la 1° division. Dure étape : 6 kilom. En montant. Arrivons aux chevaux à minuit et à 4 heures du matin à Boeschepe. _ Lait chaud et dodo.

Samedi 7 novembre
Repos.

Dimanche 8 novembre
Repos.

Lundi 9 Novembre
Repos jusqu’à midi. A 3h départ pour le front remplacer la 10e division ; marche de nuit très désagréable et cantonnement-bivouac à Locre derrière le mont Kemmel. 2 escadrons vont aux tranchées et nous nous restons là la nuit et toute la journée du mardi 10 novembre. Repos.

Du 27 octobre au 2 novembre

Le repos des soldats francais, octobre 1914
Le repos des soldats francais, octobre 1914
Autochrome anonyme

Après un cantonnement à Lavantie, à dix kilomètres au nord de la Bassée (Nord), Nissim de Camondo rejoint Borre près de Hazebrouck où la situation est calme. Borre sera en avril 1918 le théâtre de combats très rudes dans le cadre de la Bataille de la Lys. Les questionnements des combattants sont semblables d’un bout à l’autre de la ligne de front, de Gand à Belfort : des négociations sont-elles en cours ? Les Allemands sont-ils découragés par leurs pertes ? Y a-t-il des victoires en Russie ? Les journaux français s’efforcent de livrer des nouvelles positives qui ne rassurent néanmoins pas les soldats. Nissim de Camondo est toujours aussi généreux et s’il demande à sa famille l’envoi de caleçons et de lampe électrique pour lui, il insiste tout autant pour que ses compagnons puissent bénéficier de tabac, cigarettes, pipes ou chocolat. Une semaine de répit s’offre à la division. Les hommes en profitent pour se soigner et reposer leurs chevaux.

Mardi 27 octobre
Reçois ordre rejoindre régiment au Paradis près Calonne. Arrivée 6h. Ils sont partis. Couche là,

Mercredi 28 octobre
Et, le lendemain matin, par Merville et Hazebrouck, rejoins le régiment à Borre.

Jeudi 29 octobre
Repos. Revue de chevaux. Je soigne mes furoncles. Restons à Borre.

Vendredi 30 octobre
Allons jusqu’à Wallon-Cappel. A 2 heures redépart et arrivée à 3 h. ½ à la Crosse sur la route de Saint-Omer à Cassel.

Samedi 31 octobre
Repos.

Dimanche 1er novembre
Repos. Saint-Omer. Départ précipité et bivouac près de Poperinghe en Belgique.

Lundi 2 novembre
En réserve toute la journée derrière Kemmel. Nous retournons bivouaquer au Mont des Gats en France.

Du 20 au 26 octobre

Jean-Jacques Waltz dit Hansi, Prisonniers boches, 1915
Jean-Jacques Waltz dit Hansi, Prisonniers boches, 1915
Extrait de La Grande Guerre par les artistes, Paris, Berger-Levrault et Georges Crès & Cie,
1914-1915
© DR

Le 22 octobre, Nissim de Camondo, qui parle couramment anglais, est détaché auprès de l’état-major de la 8e brigade d’infanterie anglaise pour prendre les fonctions d’interprète. Ravi dans un premier temps, il perd très vite ses illusions. Il se sent méprisé par les officiers, ce qui le frustre et lui fait regretter de ne pouvoir exercer cette mission auprès de son oncle maternel, le général britannique Charles Townshend. Mais celui-ci est alors basé en Inde à la tête de la 6e division indienne. Il prend néanmoins plaisir à questionner des prisonniers allemands – dont six ont été capturés le 24 octobre – comme il l’avoue dans une lettre : « Je passe mes journées à interroger les prisonniers allemands. C’est amusant. »

Mardi 20 octobre
Combat à pied sur Fournes (Nord). Très sérieuse contre-attaque allemande. Pluie de balles ; obusiers. Le Pelly, Le Riez. Nous les tenons en respect toute la journée et, remplacés par une brigade anglaise, nous revenons au bivouac derrière Fromelles (maison abandonnée).

Mercredi 21 octobre
Passons toute la journée dans les champs et allons cantonner dans une excellente ferme à Picantin (rue Tilleroy).

Jeudi 22 octobre
On abandonne Fromelles et on établit une ligne de tranchées en arrière. Suis détaché à la 8e brigade d’infanterie Anglaise.
Nous reculons dans la nuit jusqu’au Bacquerot (Laventie).

Vendredi 23 octobre
Le Général anglais établit son Quartier-Général à la sortie sud-ouest de Laventie. Nous y restons toute la journée. La nuit les Allemands font une violente attaque ; ils sont repoussés.

Samedi 24 octobre
Matinée calme. Je me rase et change de caleçon et chaussettes. Même cantonnement partie sud de Laventie. Nuit très agitée ; forte attaque de nuit. Les Boches brisent la ligne des Gordons. 6 prisonniers ; obligé de faire resseller.

Dimanche 25 octobre
Journée dure pour les tranchées Anglaises. Nuit très calme. Même cantonnement.

Lundi 26 octobre
Journée absolument calme. Même cantonnement.

Du 12 au 19 octobre

Faïencerie de Montereau, Félix Boutreux, assiette À nos amis anglais, service « Les Soldats Alliés », 1917
Faïencerie de Montereau, Félix Boutreux, assiette À nos amis anglais, service « Les Soldats Alliés », 1917
Faïence
Les Arts Décoratifs Inv. 20671 D.
© Les Arts Décoratifs photo : Jean Tholance

Malgré la rudesse des combats, Nissim de Camondo prend le temps de visiter son camarade, le futur diplomate Jacques Truelle, à l’hôpital de Noeux-les-Mines. Blessé à ses côtés lors de l’assaut du village d’Aix-Noulette, il vient d’être amputé de la jambe gauche. Il écrit également à son père et lui fait part des mouvements dans la région où il combat : « Nous sommes ici une masse énorme de cavalerie Française ; plus de 40 régiments. Nous avons essayé de contenir les Allemands sur le front Lille-Lens jusqu’à l’arrivée de notre infanterie et de l’armée Anglaise. Nous sommes arrivés à les retarder par 5 jours de combats à pied continuels, mais non pas à les arrêter complètement. Nous les avons maintenus au-delà de Béthune et maintenant, avec le renfort de l’armée Anglaise qui est arrivée en hâte avant-hier soir, nous sommes en train de nous reporter en avant. »

Lundi 12 Octobre
Départ à 6 h. 30. Marchons sur Chocques et Merville (rencontre du 2e Hussards). Cantonnons à Merville.

Mardi 13 octobre
Départ 7 h. Allons passer la journée derrière les territoriaux à Sailly-la-Bourse. Arrivons cantonner à Gavion à 8 h.

Mercredi 14 octobre
Départ 5 h.30. Quitté le régiment et vais voir Truelle à Noeux-les-Mines . Ensuite Béthune (boutiques). Rejoins le régiment à Fosse. Combat à pied toute la journée côte à côte avec les Anglais (corned beef, marmelade). Je pars faire le cantonnement à Busnes (20 kilom.). A 2 h. ½ matin on apprend que l’escadron pas remplacé reste combat à pied. Dodo 3 h. matin.

Jeudi 15 octobre
Arrivée de Nicolas Gastfiled. Retournons retrouver l’escadron à Fosse. Ils ne rentrent que le soir. Pas mangé depuis le 13 au soir. Ont pris 2 villages d’assaut ; couché nuit pieds dans l’eau sans manteaux. Boches en retraite ; beaucoup de morts ; 28 bicyclettes. Sommes remplacés à la nuit. Riez-Bailleul (blessure de Plantin). Sommes cantonnés à 9 h. à la Rue Quentin entre Pacaut et Calonne-sur-la-Lys.

Vendredi 16 octobre
Départ 8h. Passons toute la journée en réserve à Lestren. Même cantonnement.

Samedi 17 octobre
Départ 8h. Passons la journée en réserve à Laventie. Cantonnons à Calonne.

Dimanche 18 octobre
Départ de Gilet, Dessaux, etc. les cavaliers à pied. Même cantonnement.

Du 5 au 12 octobre

A quelques kilomètres au nord-ouest d’Arras, ravagée par les bombardements, le régiment de Nissim de Camondo affronte directement l’ennemi entre Bouvigny et Merville. Dans les deux camps, on compte par dizaines les hommes grièvement blessés ou morts, les chevaux estropiés ou tués, résultat sinistre de la Course à la mer. Mais cette manœuvre de débordement par laquelle les Alliés en remontant vers la côte, cherchent à prendre l’ennemi à revers, s’enlise. Le front « prend une extension de plus en plus grande vers le nord » sans « aucun point de progrès notable » (Le Temps, 8 octobre 1914). Malgré la mort et la confusion, il y a parfois une lueur d’espoir. Dans une lettre adressée à son père le 8 octobre, Nissim raconte que les dépêches ennemies sont désormais interceptées et décryptées grâce à la capture d’un télégraphiste allemand. Leur contenu révèle que l’adversaire envisage de reculer face à ces « hordes de cavaliers français ».

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Compagnie cycliste, 1914

Mardi 6 octobre
Départ à 7 h. 30. Sommes en réserve jusqu’à midi. A midi nous recevons l’ordre de nous porter sur Bouvigny pour protéger le flanc droit des cyclistes qui attaquent Aix-Noulette (erreurs navrantes de notre artillerie ; maison traversée, moulin). Nous couchons à Aix-Noulette sur le qui-vive.

Mercredi 7 octobre
Départ à 8 heures. Recevons l’ordre d’attaquer Notre-Dame-de-Lorette aidés par les auto-mitrailleuses et canons-revolvers de marine. Nos chasseurs cyclistes et des hussards et dragons à pied se portent à l’assaut de Notre-Dame-de-Lorette. Mr de Vanssay est blessé grièvement ; son peloton est fusillé à bout portant (tranchées) ; 3 fois à la crête, 3 fois il doit reculer. Mrs Roland-Gosselin, Massimy sont blessés ; ambulance mitraillée.
2 pelotons de l’escadron sont au château de Noulette ; bombardement, incendie (Mr de Blanchonval).
Nous sommes en tirailleurs dans les jardins ; bombardement formidable. Truelle et Tomasi sont blessés et 6 chevaux, du même obus ; vaches etc. L’infanterie arrive et cantonnement à 11 h. soir à Avion.

Jeudi 8 octobre
Départ à 6 heures. Avons des nouvelles de ce pauvre Truelle ; il a été amputé dans la nuit. Nous nous portons sur Bénifontaine et Billy protéger la gauche du 21e corps (obus dans rue). Nous gardons des ponts sur le canal. L’infanterie allemande est à 200 mètres et l’artillerie à 400 mètres. Nous sommes remplacés à 8 h. ½ et nous allons cantonner à Violaines (altercation pour les lits ; maison du curé).

Vendredi 9 octobre
Les Dragons se sont battus toute la nuit à Berclau (4000 cartouches). Nous allons remplacer le 8e Hussards à Billy (barricades, mitrailleuses). Les Cuirassiers n’ont pas le temps de s’installer à Berclau (auto-mitrailleuse) ; ils se replient faisant tomber tous les ponts du canal. Les salauds ! Finalement nous sommes remplacés par la 1e division et nous allons nous reposer toute l’après-midi dans un champ derrière Cambrin (A. de Chaponay). A 10 h. du soir nous arrivons cantonner à Béthune (merveilleux magasins ; conserves, linge, etc.).

Samedi 10 octobre
6 heures. Préparatifs de défense de Béthune. Même cantonnement à 7 h. du soir.

Dimanche 11 octobre
Départ 6 h. Direction Locon et Hinges. Nous nous barricadons jusqu’à l’arrivée de 2è corps d’armée Anglais. Arrivons cantonner à minuit ½ à Barlin. Zut !!! Sale étape ; perte de mon shako ; couchons au bistro.

Du 29 septembre au 5 octobre

Le beffroi d'Arras
Le beffroi d’Arras
Lithographie d’après un dessin de Léo d’Hampol

« On se bat autour d’Arras », titre Le Gaulois, le samedi 3 octobre 1914. La bataille d’Arras débute le 1er octobre, l’armée française tente de déborder l’armée allemande pour l’empêcher de se déplacer vers la Manche, lors de la « course à la mer ».
Pendant plusieurs jours, le 3e régiment de hussards auquel appartient Nissim de Camondo intervient dans les combats.
L’engagement de Boiry-Becquerelle, le 30 septembre, fait partie d’une série d’actions destinées à contenir autant que possible les Allemands à l’est d’Arras. Au cours de l’attaque du moulin de Saint-Léger, le régiment est touché par un deuil, le commandant Carrière reçoit une balle en pleine poitrine. Dans une lettre à sa sœur, Nissim de Camondo écrit : « Hier le Commandant Carrière a été grièvement blessé (ou tué ?) et fait prisonnier, pauvre diable ». Le 2 octobre, Douai est envahi par les Allemands qui menacent désormais Arras.
L’échec français à repousser l’offensive allemande se termine par la prise de la ville de Lens le 4 octobre. Le 5 octobre, Arras allait subir les horreurs du bombardement.

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La Guerre 1914-1915. Arras, la cité martyre. Ce qui reste du merveilleux et historique beffroi.

Mardi 29 septembre
A 4 h. départ. Réveil en fanfare. Passons encore plus à l’aile gauche. Arrivons à 6 h. à St-Léger-les-Authies.

Mercredi 30 septembre
Départ à 7 heures. Marchons toute la journée ; Brouca et Riou restent en route. Passons à Arras et de là redescendons sur Mercatel et Boiry-Becquerelle. Contact : le Commandant Carrière est tué ou grièvement blessé et fait prisonnier devant St Léger. Nous revenons cantonner à Neuville-Vitase.

Jeudi 1er octobre
Nous partons en découverte (le 4e escadron) dans la direction de Croisilles. Impossible d’y arriver ; fusillades, chute du chef Becker ; nous sommes canonnés par notre propre artillerie ; c’est très désagréable (meule). L’infanterie vient nous remplacer et nous arrivons cantonner à minuit à Thelus. Bonne maison.

Vendredi 2 octobre
Départ 5 h. du matin. Allons à l’est d’Arras du côté de Feuchy. Bataille très importante tout autour au sud et à l’est d’Arras. Incendie de Gravelles. Arrivons cantonner à 12 h. à Anzin-St-Aubin.

Samedi 3 octobre
Départ à 5 heures. Allons à Lens. (Coup de pied de mon cheval). Passons la journée à Avion et reculons cantonner à Angres après avoir dîné avec les officiers à Souchez. (Bon lit ; grand père « vieux fourneau »).

Dimanche 4 octobre
Départ 5 heures. L’’artillerie est dans les jardins. Sommes soutien d’artillerie toute la journée. On canonne sérieusement les Boches qui débouchent à la sortie d’Avion et de Lens (formidable incendie de mine). Nous recevons l’ordre de tenir les hauteurs de Givenchy le plus longtemps possible.
A 10 heures du soir, après un assaut à la baïonnette mené vigoureusement contre Givenchy, Angres etc. et nos territoriaux ne tenant pas une minute, nous sommes obligés d’emmener nos batteries en arrière (charge à pied des dragons la lance à la main). Nous traversons Neuville-St-Vaast et allons bivouaquer à 4 h. du matin derrière Mont-St-Eloi. Ces cochons de territoriaux tirent sur notre Génie.

Lundi 5 octobre
Les Boches bombardent Neuville-St-Vaast. Nous prenons une position en arrière ; nous ne tirons pas et, par Villers-au-Bois, Camblain et Boyelles, nous allons cantonner tout près de Hersin, à Coupigny.

Du 22 au 28 septembre

Alfred Kubin, Die Kriegsfackel (La torche de la guerre), 1914
Alfred Kubin, Die Kriegsfackel (La torche de la guerre), 1914
Oberösterreichisches Landesmuseum, Linz

Les combats s’intensifient et se durcissent dans la Somme et l’Oise. Afin de repousser l’ennemi allemand, l’ordre est donné d’attaquer Fouquescourt. Pendant plusieurs jours, le village est noyé sous les tirs de « 75 » et « brûle comme une torche », écrit Nissim de Camondo dans son journal. Le poète Raymond Genty utilisera la même métaphore dans son témoignage paru en 1917 sous le titre : La Flamme victorieuse. Trois étapes du 20e corps : Haraucourt, Fouquescourt, Hébuterne.
Au matin du 25 septembre 1914, Fouquescourt n’est plus qu’un charnier. Jeune vétérinaire aide-major, Etienne Létard est lui aussi bouleversé par cette vision funeste : « La mort, minutieuse et libérale, n’a pas oublié un coin, s’ingéniant à varier les marques de son passage, à démontrer la multiplicité de ses fantaisies. » (Trois mois au premier corps de cavalerie 1919).

Mardi 22 septembre
Notre infanterie entre à Roye. Départ à 7 h. Faisons l’avant-garde du régiment direction Marquivillers, l’Echelle-St-Aurin. Franchissons l’Avre et nous installons en halte gardée au-delà. Escarmouche : 6 ou 7 boches caput. Cantonnons à Lignières (chambre aux rats).

Mercredi 23 septembre
Départ à 7 heures. Marchons sur Guerbigny, Andechy, Fresnoy-lez-Roye, Liancourt. Nos dragons nous rejoignent ; nous formons un corps de cavalerie, 3e, 5e et 10e, sous les ordres du Général Conneau. Restons en observation toute la journée dans les environs de Fonchette (passage à niveau, état-major, 6 prisonniers dans une citerne). Arrivons au cantonnement à 9 h. 1 ; froid glacial, à Maucourt. Bon dîner, bonne nuit, excellentes frites.

La Grande Guerre 1914-15 : Chaulnes (Somme). La petite ville bombardée si terriblement
La Grande Guerre 1914-15 : Chaulnes (Somme). La petite ville bombardée si terriblement

Jeudi 24 septembre
Départ à 5 h.30 direction Lihons (chaussettes), Chaulnes, Marché-le-Pot. (Avant-garde avec cyclistes ; escarmouche ; fuite honteuse de Leduc). Je ramène un cheval. La division se replie sur Maucourt. Violente canonnade. Grosses colonnes allemandes descendant sur Roye. Nous les canonnons et nous allons cantonner à Fouquescourt.

Vendredi 25 septembre
Violente fusillade toute la nuit. Nous évacuons le village et nous faisons du combat à pied toute la matinée. Le 14e et le 20e corps arrivent enfin et nous dégagent. Canonnade terrible. Fouquescourt brûle comme une torche ; les Allemands y tiennent cependant toute la journée malgré un bombardement inimaginable. Nous cantonnons à 8h. du soir à Beaufort.

Samedi 26 septembre
A l’aube notre infanterie occupe Fouquescourt que l’ennemi a abandonné dans la nuit. Le spectacle est inimaginable : monceaux de cadavres allemands, caissons sautés, moutons et vaches déchiquetés ; tirailleurs français morts à leur poste aux abords du village ; des bras, des jambes partout. Nous occupons à pied la route Vrely-Rouvroy toute la journée jusqu’à 7 h. du soir. Même cantonnement.

Dimanche 27 septembre
Retournons au même emplacement. Ordre du jour du Général Joffre : « Notre étreinte se resserre ; la bataille est engagée dans des conditions favorables ». Il y a eu bataille toute la nuit. Maucourt est à nous ; Lihons et Fouquescourt aussi. Mais Chaulnes, Hallu, Hattencourt sont à eux. Il y a, paraît-il, une division qui marche sur Chaulnes et Nesle pour les rabattre. Péronne est à eux (petit effectif) ; mais le corps de Cavalerie a tourné Péronne et leur a pris une batterie du côté de Vermand. Même cantonnement à Beaufort.

Lundi 28 septembre
Nous retournons à Vrely faire les fantassins. Nous travaillons toute la journée à creuser des tranchées sous les ordres du Génie. On parle de nous mettre tous définitivement à pied !!!! A 6 h. du soir, enfin, on part pour Berteaucourt-lez-Thennes, 5 kilom. Sud-est de Boves.

Du 15 au 21 septembre

La pluie et le froid qui s’abattent sur la Picardie en cette mi-septembre rendent la marche des troupes pénibles. « Qu’est-ce que sera cet hiver ? » écrit Nissim de Camondo à son père alors qu’il cantonne à Remaugies dans la Somme avec des déplacements incessants entre ce département et celui de l’Oise. Couvrant alors le flanc gauche de l’armée française, le régiment avance, tentant d’endiguer la progression allemande en direction de l’ouest et de Paris.
Alors que Le Temps titre l’incendie de la cathédrale de Reims par les troupes allemandes, « sonnant le glas dans le cœur de tous les français », la troupe est à Noyon où les combats sont particulièrement difficiles et Nissim de Camondo déplore pertes et blessés dans son entourage. Située à cent kilomètres au nord de Paris, la ville devient symbole de l’imminence de la menace selon Georges Clémenceau, alors président de la commission de l’armée au Sénat.
Couvrant alors le flanc gauche de l’armée française, son régiment avance, tentant d’endiguer la progression allemande vers Paris. Va alors naître la volonté de prendre à revers chaque armée des vallées de l’Oise jusqu’aux plages du nord qui introduit une nouvelle étape de cette guerre : la Course à la mer.

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L’infanterie allemande avance, 1914

Mardi 15 septembre
Départ à 6 heures. On se porte sur Noyon. A 6 kilomètres nous tournons à gauche et nous dirigeons sur Bussy. Grosses colonnes allemandes ; sommes canonnés et nous échappons à grand peine. Cantonnons de nouveau à Vandélicourt.
Total : 12 manquants au 3e escadron dont Aumont.

Mercredi 16 septembre
Attaque de l’auto de Lebel. Suis chargé d’aller le chercher. Je le ramène à la division et circule avec toute la journée. Provisions. Cantonnement à Estrées-St-Denis. Redépart une heure après et cantonnement bivouac à Rémy à 12 h. du soir. Abandon de Lafon ivre-mort.

Jeudi 17 septembre
Pluie battante ; 3 heures sur place sans bouger ; grelottons ; vent terrible. L’escadron se met à l’abri dans une ferme. Bon déjeuner à 3 heures après-midi. Cantonnement de bonne heure à Moyenneville.

Vendredi 18 septembre
Départ à 8 h. Passons presque toute la journée dans un champ à St Maur (Oise). Cantonnement d’alerte aux avant-postes à Cuvilly. Excellent dîner.

Samedi 19 septembre
Départ à 17h15. Retour à St Maur (rassemblement de la division). Restons en place jusqu’à 1 heure. A 1 heure nous nous portons en avant et allons cantonner à Orvillers. Escarmouche à 4 h. ; charge ; 4 prisonniers, 2 tués (15e Dragons Allemand). Vent épouvantable ; froid noir. Très bon dîner. Assez bon matelas ; froid.

Dimanche 20 Septembre
Départ à 6 h.30. Passons à Conchy-les-Pots et restons toute l’après-midi, l’escadron détaché aux Loges et à Crapeaumesnil. Nous tiraillons sur des patrouilles. Nous apprenons que la division se replie sur Biermont et nous retournons cantonner à Orvillers.

Lundi 21 Septembre
Temps nuageux ; averses. Grosse canonnade dans la direction de Lassigny. Dans l’après-midi nous nous portons sur Boulogne-la-Grasse (ignoble château genre Pierrefonds) Fescamps et Grivillers (escarmouche M.Veillard-Virieux 5 contre 10 ; 4 boches par terre, aspirant). Cantonnement à Remaugies.

Du 8 au 14 septembre

Pont de bateaux construit à Compiègne par le Génie français, 1914
Pont de bateaux construit à Compiègne par le Génie français, 1914

Alors que son escadron quitte la région parisienne - Nissim de Camondo a ainsi pu revoir sa mère la semaine précédente - la bataille s’intensifie, cette longue et terrible bataille dont le vacarme s’entend de Meaux à Crépy. Les conditions s’avèrent difficiles, les paysages et villages sont désolés. Nissim est en ces jours plus disert que précédemment. Laissons-le raconter, d’autant qu’il termine sur une note positive à la fin d’une de ces journées harassantes et toujours périlleuses.

Mardi 8 septembre
Péroy les Gombries. Départ à 6h1/2. Repassons le chemin de fer à Macquelines ; allons jusqu’à Lévignen et envoyons des patrouilles sur le front Gondreville Cuvergnon pour renseigner l’artillerie qui reste ici à Levignen. David cheval tué.
A 10h. du soir entrée à Crépy abandonné par l’ennemi. Gros approvisionnement pris à la gare. Jambon Olida, souliers etc. Bonne nuit dans une ferme à Mermont. A 5h. du matin surprise par Dragons Allemands ; ils ont un blessé et un prisonnier. Reculons sur Ormoy-Villers. Crépy réoccupé par l’ennemi. On parle de grosses colonnes ennemies descendant du Nord par Le Fresnoy et Rosières. Brusquement, vers 4 heures, attaque du convoi entre Ormoy-Villerss et Nanteuil leHaudoin. La division dispersée ; nous échappons par miracle en traversant par les bois et par Peroy. Les blessés ; Dr Chastel, infirmiers. Reculons et bivouaquons à Lessart près Marchémont.

Mercredi 9 septembre
Mauvaise nuit. Je patrouille à cheval jusqu’à 2 heures et couche dans l’herbe. Bonne omelette et fromage.

Jeudi 10 septembre
Repos jusqu’à 12h. et allons cantonner à Baron (Ambulance internationale).

Vendredi 11 septembre
La division marche vers Béthisy-St-Pierre. Je suis détaché en reconnaissance avec Fraguier, sur Compiègne. A Gilocourt la forêt est défendue par des tranchées et nous ne pouvons pas passer. Couchons là. (Gal de division d’Infanterie).

Samedi 12 Septembre
Réveil à 3 h.1/2. Partons sur Compiègne à travers bois par les Grands-Monts, Les Princesses, Le Puits du Roi. Reconnaissons Compiègne encore légèrement occupé. Boches en retraite. Retournons à Béthisy-St-Pierre et apprenons que la division traverse l’Oise à Verberie sur un pont de bateaux et se dirige sur Estrées-St-Denis. Nous ne pouvons pas la rattraper et nous couchons à Rémy. Nous rencontrons une partie de la division provisoire.

Dimanche 13 Septembre
Passons à Estrées-St-Denis ; rejoignons la division et allons cantonner à Vandélicourt. Nuit excellente.

Du 1er au 7 septembre

Chevaux du service de ravitaillement, vers 1914
Chevaux du service de ravitaillement, vers 1914
© DR

Nissim de Camondo entame sa semaine à Noailles avant que son régiment ne poursuive son recul comme l’ensemble des troupes engagées dans la bataille des frontières. Les hommes se perdent en conjectures au regard des mouvements qui leur sont demandés. Ils sont désormais revenus à moins de 50 kilomètres de Paris. Nissim ne le mentionne pas dans son journal, mais il est cité à l’« Ordre du 1er septembre 1914, n°4 : SOUS LIEUTENANT DE CAMONDO. Le 21 Août 1914, étant en patrouille de découverte avec quatre cavaliers, reçu à coups de fusils au village de Mellet, l’a contourné, mit pied à terre sous le feu pour relever un hussard tombé avec son cheval et au retour a abordé résolument une patrouille allemande de onze cavaliers qu’il mit en fuite. » [1].

Mercredi 2 Septembre
Départ de Noailles à 7h.30. Arrivée à 5 h. à Saint-Lubin, petit trou infect. Garde-chasse.

Jeudi 3 Septembre
Départ brusque à 4 heures. Chaleur étouffante. Traversée de la Seine à Meulan sur les ponts tout minés. Cantonnement à Aubergenville près d’Epone.

Vendredi 4 Septembre
On apprend le départ de Paris du Gouvernement. Je me lève à 8 heures. Temps magnifique. On parle d’aller embarquer pour Anvers.

Samedi 5 septembre
Départ à 4h. du matin. Route par grosse chaleur. Epone, Houdan et on arrive à Trappes. Bon cantonnement. Beaucoup d’infanterie territoriale.

Dimanche 6 septembre
Départ à 4 heures. Traversée de Châteaufort, Versailles, Viroflay, Sèvres, Paris, Aubervillers, Pantin, le Blanc-Mesnil. (Maman, poulet froid). Cantonnement infect maison abandonnée.

Lundi 7 septembre
Départ à 4 heures. Offensive générale ; grosse bataille ; nous sommes à l’aile gauche. Il paraît qu’hier vers Meaux il y a eu un gros engagement. Nous retrouvons la section et le Docteur Chastel. Il paraît que ce pauvre Flahaut a été tué. On nous raconte ce qu’a fait la division provisoire depuis le 19 ; combats de Verberie, Chamant, Fontaine-les-Corps-Nuds etc. Nous traversons le Plessis Belleville ; pillage inouï des Allemands. Silly le Long. A Nacquelènes, après le chemin de fer, nous sommes terriblement canardés. Grosses pertes de chasseurs à cheval (5° et 15°) ; Incapacité de notre commandant de cavalerie ; c’est honteux ; pas le sens du terrain. Nous reculons un peu et bivouaquons un peu au nord-est de Nanteuil. Pas une goutte d’eau. Sommes ravitaillés avoine et pain à 3h. du matin.

Du 25 au 31 août

Péronne en 1914 : vue prise en aéroplane
Péronne en 1914 : vue prise en aéroplane
© DR

Au cours de la retraite menée par les Alliés, alors qu’au Cateau-Cambrésis les Britanniques retardent la progression des Allemands au prix fort, les régiments français d’infanterie sont malmenés à Valenciennes, Tournai et Cambrai. Aux alentours d’Heudicourt (Somme), l’escadron du régiment de hussards auquel appartient Nissim de Camondo s’engage à pied contre les Allemands dont l’artillerie de campagne, en effrayant les chevaux de la compagnie, favorise largement la progression. Le lendemain, le régiment passe la Somme alors que l’ennemi pilonne les villages alentours, mais observe que les ponts ne sont plus tenus par les Alliés et se replie. Le soir même, parmi les voitures transportant les soldats blessés, les habitants éprouvés fuient les villages en feu. Tous avancent plus au sud-est, vers Chaulnes, où les hussards passent la nuit avant de battre en retraite le 30 août. En cette fin d’été, malgré les offensives remportées en Lorraine ou plus loin par les Anglais ou les Russes, les gros titres confirment que, « sur toute la ligne, la bataille continue » (Le Gaulois).

Mardi 25 août
Départ pour Aubencheul. Recherche du 3e escadron à Locquignol ; 90 kilomètres. Retraite de deux divisions anglaises sur le Câteau.

Mercredi 26 août
La division se porte vers Cambrai et canarde l’ennemi. Les Allemands sont à Vanbray. A 4 heures on doit charger, mais rien.
Cantonnement à Heudicourt.

Jeudi 27 août
Une heure après départ, les Prussiens occupent Heudicourt. Combat à pied ; terriblement canardés. 3e escadron chevaux échappés ; mitrailleuse, cuirassiers perdus etc. Retraite sur Péronne et cantonnement à Herbecourt à 10h. du soir.

Vendredi 28 août
Alerte dans la nuit à Herbecourt. Sortie et bivouac à 3 kilomètres. Retour 3h. du matin. Pont pris par les Prussiens. Départ 6 heures. Rassemblement corps Cavalerie entre Péronne et Saint-Quentin, en arrière. Léger engagement d’artillerie. Reconnaissons Mons-en-Chaussée au galop ; c’était une folie. Arrivons au cantonnement vers 6 heures ; impossible d’y rester ; feu nourri à 1500 mètres ; alpins en déroute. Nous faisons arrière-garde et passons la nuit sur la place à Chaulnes.

Samedi 29 août
Arrivée à Méharicourt à 6 h. du matin . Passé 3h. à trouver de la viande et de l’avoine. Remonté à cheval à 9 heures. Reconnaissance avec Fréguier ; premier combat sabre ; bûche genou. Patrouille toute la journée. Hussards de la mort. Division provisoire. Retour, excellent dîner à Moreuil. Arrivée 11 heures Mailly-Raineval.

Dimanche 30 août
Repos ; nettoyage en plein air ; pas changé de linge depuis neuf jours. Je fais le veau dans prairie. On dit que l’aile gauche allemande est déjà à Noyon ; cela devient vraiment grave. A 1 heure, brusquement, départ escadron détaché ; observatoire meule de paille ; combat d’artillerie. Reculons et cantonnons à Faillard ; arrivée à 11h. du soir.

Lundi 31 août
Départ à 6h30. Nous traversons Breteuil, Fouquerolles, Laversines et Rochy et arrivons à Noailles où nous sommes admirablement reçus. (En passant à Rochy-Condé Loulou Nanteuil donne ses chevaux au 3e escadron).

Du 18 au 24 août

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Foule de civils allemands entourant un canon de 75 pris aux Français
Photo réalisée entre 1914-1918 (plus vraisemblablement 1914)
© DR

Les hommes poursuivent leurs déplacements à pied ou à cheval selon les circonstances. Nissim de Camondo signale d’ailleurs par lettre avoir « usé déjà deux chevaux ». Les hommes des différents corps avancent à tour de rôle et quand la cavalerie cesse, ce sont les fantassins et l’artillerie qui prennent les avant-postes. La différence entre l’armement allemand et le canon français de 75 est notée par les combattants. Première pièce d’artillerie à compenser le mouvement de recul occasionné lors du tir, le « 75 », précis, mobile et doté d’une cadence de tir élevée, est particulièrement efficace en cette guerre de mouvement et les obus tirés atteignent leurs cibles avec une grande régularité.
Si le terme d’« escarmouche » est passé dans le langage courant, il est effectivement dans son sens premier un « combat entre des corps détachés ou entre des tirailleurs » (dictionnaire Littré) et c’est un mot que l’on retrouve souvent dans les récits de la Grande Guerre.

Mardi 18 août
3 heures du matin départ pour Sar, St Laurent. Incendie des chevaux de Mr de Metz.

Mercredi 19 août
Repos.

Jeudi 20 août
Traversée de Charleroi, Courcelles ; arrivée à 9h. soir Pont-à-Celles. Fusillade ; on se retranche dans une ferme.

Vendredi 21 août
Escadron de découvertes : uhlans, patrouilles, félicitations, obus, fusillade, ponts coupés, galopade. Ct Carrière ; Lieutt d’Argenlieu escarmouche premier blessé, cuisse cassée coup de feu. Légère retraite ; nous canardons notre ancienne ferme.
En route : Piéton, Carnières. Halte de 10h à 12h. sur la route. Arrivée à 7h. du matin à Merbes-Sainte-Marie. Premiers Anglais.
Repos.

Dimanche 23 août
Garde d’un pont ; tir sur aéroplane. (Rencontre de Colnard). A 4 heures on quitte le terrain. Maubeuge ; cantonnement à Hargnies.

Lundi 24 août
Départ à 3 h. après midi ; arrivée à Berlainmont à 6 heures. (Plantain).

Du 11 au 17 août

Nissim de Camondo en tenue de hussard, 1914
Nissim de Camondo en tenue de hussard, 1914
© Les Arts Décoratifs, Paris

Dans les lettres qu’il adresse à son père, Nissim de Camondo évoque avec ardeur, l’accueil « inimaginable » du peuple belge. Alors que des centaines de milliers de civils prennent le chemin de l’exil, les combats s’intensifient aux frontières franco-belge et franco-allemande. Les attaques éclair allemandes se multiplient, forçant la 3e division de cavalerie à cantonner de ville en ville. Les troupes sont épuisées mais le moral est sauf. Le 15 août, lors de la bataille de Dinant survenue à l’aube, Charles de Gaulle, un jeune lieutenant de l’infanterie de 24 ans, est blessé. Nissim signale la mort d’un de ces cavaliers lanciers qui pouvaient être originaires de Prusse, de Saxe, du Wurtemberg ou de Bavière. Le Gaulois du 17 août 1914 relève : « Cette attaque, menée avec un brio magnifique, a bientôt amené les Allemands à reculer […]. L’élan admirable de nos troupes a enthousiasmé les Belges. »

Mardi 11 Août
Départ à 5 heures, escorte train de combat. Haut-Fays. Capitaine Esnault-Pelterie. Cantonnement ignoble à Naomé.
Omelette 18 frs ; dodo corps de garde.

Mercredi 12 août
Grande ballade ; recherche division ennemie ; chaleur torride ; abandon cheval de troupe. (Bernard, Paul Murat).
Cantonné à Vonêche ; soupe prête.

Jeudi 13 et vendredi 14 août
Repos ; de garde au château.

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Uhlan (cavalier allemand armé d’une lance) de la Première Guerre mondiale
© DR

Samedi 15 août
A 2 heures du matin départ. Beauraing. Soutien d’infanterie ; patrouille.
Bataille de Dinant. Enterrement d’un Uhlan comme un chien.
Passage de la Meuse à Hastière.
Cantonnement à 1 heure du matin. (12 kilom. de trop). Bon lit.

Dimanche 16 août
On rejoint le régiment. Orage diluvien ; cheval déferré. Cantonnement à Novechamps.

Lundi 17 août
Repas froid ; 12 h. à Leroux.
Cantonnement à Fosse.

Du 4 au 10 août

Carte de la concentration des armées belge, britannique et française en août 1914
Carte de la concentration des armées belge, britannique et française en août 1914

Alors que la mobilisation générale se poursuit dans « l’enthousiasme » rapporte Le Temps, les Allemands entrent en Belgique pour atteindre la France. L’état de siège est déclaré, l’ennemi avance. Pour autant, le moral des Alliés est bon. Les assauts réguliers des troupes françaises mettent l’adversaire en déroute et l’oblige en partie à reculer jusqu’à Aix-la-Chapelle ; à Liège, les pertes sont importantes du côté allemand ; le 9 août, Altkirch et Mulhouse sont reprises par les Alliés ; en outre, et comme Nissim de Camondo en fait l’expérience, les escarmouches victorieuses se multiplient et passent pour « un symptôme […] de l’avantage que nous avons pris » explique la presse française. En Belgique, on célèbre donc les soldats alliés et on salue la situation comme une première victoire. Cependant, autour de Liège et dans la région de l’Eifel où cantonne la compagnie de Nissim, les « troupes allemandes semblent se refaire et se réapprovisionner », le vent s’apprête à tourner.

Mercredi 5 août
Départ pour Le Daincourt (Charleville et Mézières)

Jeudi 6 août
Par Floing et Bouillon, entrée en Belgique (femmes, drapeaux, ovations). Cantonnement à Ucimont.

Vendredi 7 août
Autobus, premier contact, pluie battante. Cantonnement à Gozin près de Beauraing.

Samedi 8 août
Randonnée vers Liège, par Ciney. Premiers prisonniers ; escarmouches.
9 heures soir : 3 hommes perdus. Passage triomphal à Ciney. Bivouac à Modave, près Ciney.

Dimanche 9 août
Retour à Gozin. Chaleur torride. 160 kilom. En 30 heures.

Lundi 10 août
Repos.

Du 1er au 2 août 1914

Ordre de Mobilisation générale
Ordre de Mobilisation générale

Après avoir engagé le conflit contre l’Autriche-Hongrie et la Serbie le 28 juillet, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie le 1er août et, le lendemain, à la France et à la Belgique. Avant même la mobilisation générale, Nissim de Camondo rejoint son régiment de hussards à Senlis. Cavalier confirmé, il fait partie du corps de cavalerie du général Sordet et part vers l’est avec le 4e escadron dont le capitaine Gabarrot assure le commandement : 165 kilomètres jusqu’à Auvillers-les-Forges, puis 2 kilomètres jusqu’à Foulzy dans les Ardennes.

C’en est fini de la paix, même si ces premiers jours sont étonnamment calmes. Le 3 août, Nissim écrit une première lettre à son père « […] Je ne peux pas me figurer que je suis à la guerre. Tout se passe comme en manœuvre et le moral est merveilleux. […] »

A l’arrière, en ce début du mois d’août, nombre de particuliers inscrits dans les colonnes « patriotisme et charité » du Gaulois, dont le baron Henri de Rothschild ou la danseuse Isadora Duncan, transforment demeures privées et hôtels particuliers en hôpitaux militaires.

Samedi 1er Août
Départ du régiment (4e escadron).

Dimanche 2 Août
2e échelon ; débarquement à Auvillers ; Cantonnement à Foulzy jusqu’au 5.

[1] Historique du 3e régiment de hussards pendant la Grande Guerre, transcrit par Martial Lopez : http://tableaudhonneur.free.fr/3eHu... (p. 5)

100 ANS APRÈS, RETROUVEZ SUR TWITTER AU JOUR LE JOUR LES LIGNES ÉCRITES PAR NISSIM DE CAMONDO DANS SON JOURNAL : @NDECAMONDO

Présentation du projet

Afin de rendre hommage au lieutenant pilote aviateur Nissim de Camondo (1892-1917), fils du comte Moïse de Camondo et héros de la Première guerre mondiale, nous vous convions à suivre ce jeune homme courageux et patriote, cet officier engagé dès la première heure au sein du 3e régiment de hussards, à travers la lecture de son journal de campagne.

Celui-ci retrace de façon presque quotidienne, ou plus espacée dans le temps, les événements et faits qu’il a eu à cœur de rapporter dans des conditions souvent difficiles, au fil de ses trois années de guerre.

Pour que perdure la volonté de Moïse de Camondo de « (…) perpétuer la mémoire de mon père le comte Nissim de Camondo et celle de mon malheureux fils, le lieutenant pilote aviateur Nissim de Camondo, tombé en combat », lisez et partagez ces lignes. Découvrez ces mots « écrits au crayon parce que les plumes du caboulot sont exécrables » dans un petit carnet désormais jauni, mais aux lettres encore lisibles, qui éclairent la nature d’un engagement héroïque.

Si vous disposez d’informations ou photographies concernant Nissim de Camondo, ses camarades de combat ou les événements qu’il relate, nous vous invitons à les partager : nous nous en ferons l’écho.


Participent à la rédaction de ces éléments : Catherine Collin, Romain Condamine, Sophie Courrat, Fabien Escalona, Antoine Laurent, Sylvie Legrand-Rossi, Sophie Le Tarnec, Marie Pillard et Sébastien Quéquet, à partir du journal de campagne de Nissim de Camondo et de ses lettres conservées au sein du musée.

Sites partenaires

Le musée de l’Air et de l’Espace présente, du 5 octobre 2014 au 25 janvier 2015, l’exposition « La Grande Guerre des aviateurs »


Le site wwww.carto1418.fr (site historique de la Défense) permet de suivre au jour le jour la ligne de front et les déplacements du régiment de Nissim de Camondo qui appartenait à la 3e division de cavalerie (3e DC).

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