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Galerie des jouets

Gérard Deschamps, Jeux d’eau
Du 5 juin au 16 novembre 2008

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Petite histoire des matières plastiques
Celluloïd, galalithe, acétate de cellulose, viscose, bakélite… autant de noms poétiques pour les premières matières plastiques, comme pour faire oublier qu’ils sont d’abord des succédanés aux matières nobles. Mises au point pour se prémunir contre les pénuries d’ivoire, de soie et de bois, les matières plastiques sont des matières synthétiques, nées de prouesses chimiques et aux propriétés souvent inégalés. Le celluloïd a ainsi été créé en 1869 aux États-Unis par les frères Hyatt, lauréats d’un concours qui demandait de créer une matière capable de remplacer l’ivoire dans la fabrication de boules de billard. Nées aussi d’erreur chimique, comme la Bakélite, premier plastique entièrement synthétique créé par le chimiste belge Léo Bakeland qui voulait fabriquer une laque artificielle à partir de formol et de phénol, ils permettent une nouvelle approche des objets, conçus d’un seul tenant, qui, une fois durcis, gardent leur forme, même si on les chauffe.

Grâce à un pétrole bon marché, il se développe au cours du siècle jusqu’à envahir tout notre quotidien, de l’automobile au matériel médical, en passant par l’électroménager, le mobilier, les emballages ou les tissus. Créés en très grandes séries à partir du même moule, il permet de produire rapidement en grande quantité.
Bon marché, coloré, brillant, incassable, flottant, indéformable, mais aussi consommable et jetable, le plastique symbolise la modernité et la société de consommation.
Sa résistance à l’eau le destine aux jeux de bain, de plage mais aussi aux jeux pour bébé et enfants grâce à la douceur de sa texture, la possibilité de créer des formes variées et sans angles coupants, ses couleurs vives et résistantes dans le temps, son caractère hygiénique et sa résistance aux diverses attaques enfantines, tel le mâchonnement ou le jet intempestif et violent contre terre.
Les premiers jouets en plastique sont en celluloïd et apparaissent dès la fin du xixe siècle, comme les baigneurs de la vitrine Jeux de plage, aux cheveux blonds moulés, aux yeux bleus et aux lèvres peintes en rouge. Le tournant dans la production de jouets plastiques est la Seconde Guerre Mondiale, moment où les États-Unis, ne pouvant plus se fournir en jouets allemands, produisent leurs propres jouets en remplaçant le bois par le plastique. Fischer Price en est le précurseur et choisit définitivement le plastique pour sa production en 1949. L’engouement est vertigineux : dans les années 1940, en trois ans, la firme Idéal vend ainsi trois millions de téléphones en plastique ; le premier soldat en plastique lancé par Hasbro, GI Joe, se vend à 10 millions d’exemplaires chaque année -notre aquarium le montre en tenue de plongée.

Un plastique, des plastiques…
La matière plastique est aujourd’hui multiple, plus cher mais de meilleure qualité ; chaque plastique ayant des caractéristiques spécifiques.
L’alliance urée-formol, anti-allergisante, sert à la fabrication de hochets et de jouets pour bébés.
Le vinyle, qui imite bien la peau, est utilisé pour les poupées ou la combinaison de plongée des hommes-grenouilles de notre vitrine Aquarium.
Le polystyrène et le polyéthylène, très résistants, sont utilisés pour des jouets soumis à des usages intensifs, comme les petites voitures et autres camions de la vitrine Jeux de plage

Loisirs, vacances : nouveaux usages du temps, nouveaux objets
Jeux de bain : l’heure du bain

Les premiers jouets de bain furent les fameux « baigneurs », ces poupées que l’on peut immerger sans craindre de les abîmer. Conçus en porcelaine, comme Frozen Charlie, ou plus tard en celluloïd, ces poupons, souvent articulés, initient au rituel de la toilette de bébé.
Cependant, en dehors de quelques bateaux et jouets flottants en bois, les jeux incluant l’eau restent rares dans les premières décennies du vingtième siècle en raison du luxe que représentera longtemps la salle de bain privée. Avec le développement de l’hygiène impulsée par les découvertes médicales du xixe siècle, le bain devient un moment important de la vie de l’enfant, mais il se déroule dans des bains-douches municipaux ou dans une bassine en fer blanc où l’on ne s’éternise pas en raison du manque de chauffage : ainsi, en 1962, un tiers des foyers seulement disposaient d’une baignoire ou d’une douche. Les premiers jouets de bains sont donc de simples animaux en plastique, comme l’iconique petit canard jaune, qui égaillent un bain pris rapidement.
Dans les années soixante-dix, la salle de bain privée se trouve dans la moitié des foyers et l’heure du bain, mise à l’honneur par une pédagogie valorisant la découverte du corps et les éléments naturels, devient un moment de détente et d’intimité entre le parent et le petit enfant, qui s’éveille au contact de l’eau et qui, sous le regard rassurant de son papa ou sa maman, est disponible pour jouer.
Des jeux sont donc spécifiquement conçus pour le bain avec des tableaux d’éveil qui se collent contre les parois de la baignoire à l’aide de ventouses, des robinets pour faire couler l’eau, des mécanismes permettant de la verser et de la déverser ou des jeux musicaux qui utilisent le clapotis.

Jeux de plage : jeux de sable et jeux d’eau
Les vacances au bord de la mer sont arrivées d’Angleterre, où apparaissent les thérapies balnéaires dès la fin du xviiie siècle. Les premières stations balnéaires florissent en France sur la côte Atlantique ou sur la Manche : Dieppe en 1824, Biarritz et Dinard en 1835, Nice et Cannes avant 1840, Arcachon en 1857, Deauville en 1860, La Baule en 1879. La haute-bourgeoisie s’y rend en villégiature et y envoie ses enfants malades  pour qu’ils se fortifient au contact de l’air iodé. La mer reste un univers inquiétant que l’on se contente de contempler, les bains sont rares et thérapeutiques, le premier élément de jeu à la plage n’est donc pas l’eau mais le sable : on y creuse des rigoles, on en fait des pâtés ou des châteaux, on le laisse couler entre les doigts. Les premiers jeux de plage, apparus à la fin du xixe siècle, sont des seaux accompagnés de pelles, de râteau, de tamis et de moules, en tôle lithographiée ou peinte à la main d’éléments de décor de bord de mer. Ils seront ensuite fabriqués en bois à partir des années 1930.
En 1936, les congés payés instaurés par le Front Populaire démocratisent les vacances. A mesure que le temps des congés payés s’allongent, les départs sont plus nombreux et plus massifs, augmentant le nombre de vacanciers sur les routes et créant un ballet chassé-croisé de juillettistes et d’aoûtiens. La mer et la nage deviennent un plaisir et les jouets de plage deviennent des jeux d’eau. Avec cette révolution balnéaire, les jouets de plage sont fabriqués en plastique, de manière industrielle, afin de fournir les bazars en seaux-pelles-râteaux mais aussi frisbee, raquettes, ballons et bouées gonflables en tout genre.
Dès le début, les vacances à la mer sont la destination préférée des vacanciers français et les jeux de plage finissent par symboliser à eux-seuls les vacances, avec leur odeur de plastique mélangé à celle du sel et du sable. Surfant sur cette symbolique nostalgique, les industriels créent des pataugeoires et autres piscines gonflables, afin que chacun puisse recréer une ambiance de bord de mer dans le fond de son jardin.

Gonflables et pataugeoires
Le principe d’Archimède qui permet aux objets gonflables de flotter a été appliqué, dès l’Antiquité, pour apprivoiser l’eau : outres gonflées et attachées en ceinture autour de la taille qui permettait de traverser les rivières plus facilement et, plus tard, ceintures flottantes pour empêcher les chevaliers en armure de couler. Bouées et autres objets flottants sont d’abord une technologie de pointe, développées pour un usage militaire ou pour la sécurité des marins. Les premiers objets synthétiques gonflables sont ainsi les gilets de sauvetage mis au point par les Allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale ou le « Mae West » des soldats américains.
De cette technologie sécuritaire ont été conçus des jouets, aux couleurs éclatantes et aux formes diverses. Célébration de la matière plastique, ils sont nés de la révolution balnéaire et ont envahis, aux côtés des traditionnels seaux, pelles et râteaux, les bazars de plage. Ils sont associés aux souvenirs de vacances, de pères s’épuisant à gonfler des jouets démesurés, des enfants se disputant le privilège de se jeter le premier à l’eau avec la bouée, des crevaisons en cours de vacances qui interrompent les jeux.
Avec la multiplication des séjours au bord de la mer et des piscines, les jouets gonflables sont en pleine expansion. Les couleurs flashy, associées pour qu’elles soient les plus percutantes possibles, en font la dernière production où le bon goût n’existe pas et symbolise le relâchement des vacances.
Ces jouets gonflables, ronds, rebondis, accueillants, que l’enfant peut manipuler facilement et déformer, en font les compagnons favoris des bains de mer et de piscine. Produits en Chine, leur succès a créé des normes de sécurité les concernant, qui impriment, sur leurs enveloppes colorées, des textes en multiples langues, comme une image palpable de la mondialisation.
Les Pneumostructures utilisent également beaucoup d’aires de jeux, château gonflables et pataugeoires qui doivent leur succès à la rapidité de leur installation, qui ne nécessite aucune formalité : elles permettent de créer un point d’eau rafraîchissant dans n’importe quel bout de terrain et de donner une ambiance de bord de mer aux jardins.
Gérard Deschamps, en connaisseur, décèle cependant un appauvrissement ces dernières années de la variété et de la qualité de la production de jouets gonflables : la variété des formes animales a laissé place aux produits dérivés de dessins animés, les couleurs se font plus sobres. Les collections changent chaque année, comme pour la mode, aucun modèle n’est reconduit d’une année sur l’autre. Jouets jetables dont le prix les rend accessibles à tous et qu’il faut chaque année racheter, ils sont le parfait symbole de notre société de consommation.

Commissaire
Dorothée Charles
conservatrice au musée des Arts décoratifs chargée du département des jouets

Assistée de Pauline Galtié
Leslie Veyrat, conservation préventive et installation des œuvres

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