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Chefs-d'œuvre
J.E. Ruhlmann : Cabinet « Etat rectangle fleurs », amarante, ivoire, ébène macassar, bronze satiné, 1922/23
Chefs-d'œuvre du musée des Arts décoratifs Chefs-d'œuvre du musée des Arts décoratifs

224 p., 110 ill. en coul, relié sous jaquette, 39 €.

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Chefs-d'œuvre

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Lorsqu’il s’applique aux arts décoratifs, le terme « chef-d’œuvre » illustre parfaitement, dans ses usages successifs, toutes les richesses mais aussi toutes les ambiguïtés attachées à ce vaste domaine de la création.

La distinction instituée au XIIe siècle entre les arts libéraux et les arts mécaniques est à l’origine d’une hiérarchie dont nous sommes les lointains héritiers. Au sein des confréries qui structurent la maîtrise des matières et des métiers, il est alors nécessaire d’organiser l’apprentissage, la transmission des savoir-faire et leur évaluation. Pour gagner la reconnaissance de ses pairs, l’artisan doit réaliser un ouvrage exceptionnel qui combine toutes les difficultés. L’auteur de ce « chef-d’œuvre » a le droit d’apposer une marque, qui est moins une signature exhibée qu’une estampille, un sigle susceptible d’être reconnu par sa profession.

Mais la Révolution française, en abolissant les corporations, puis le XIXe siècle, qui voit s’affirmer le triomphe de l’ère industrielle, mettent à mal cet ordre établi. Paradoxalement, les Expositions universelles deviennent la vitrine de ces réalisations exceptionnelles encore uniques, mais en fait destinées à promouvoir des fabrications en série où la main n’a plus sa place.

Parallèlement, l’artiste, jusqu’alors en harmonie avec la société, s’émancipe et affirme son individualité. Dès lors il imagine, voit et crée… des « chefs-d’œuvre » ainsi qu’en décident désormais de nouveaux pouvoirs.

Depuis sa fondation, le musée des Arts décoratifs n’a eu de cesse de promouvoir ces objets, où se rencontrent le beau et l’utile, en privilégiant « tout ce qui est parfait en son genre » (Le Petit Robert, 1986), des chefs-d’oeuvre donc… Du Moyen Âge à nos jours, qu’elles soient de papier, de bois, d’or ou de plastique, de céramique ou de verre, ces créations ont été le fruit de l’esprit avant d’être le produit de la main. Elles ont été aimées par tous ceux – amateurs, collectionneurs, créateurs – qui ont auront choisi de les offrir à ce musée pour les partager avec tous.

Parmi eux, il faut compter de nombreux antiquaires et leurs proches, Georges Hœntschel, Alexandrine Grandjean, Raoul Duseigneur, Eugène Barriol, Robert Carlhian, pour n’en citer que quelques-uns.

Béatrice Salmon, préface de l'ouvrage « Chefs-d'œuvre du musée des Arts Décoratifs », Paris, 2006.