Point de vue : une montre, par Alix Amelot

Par Fabien • 6 jan, 2011 • Catégorie: Ecole Camondo, Rituels de table, conférence dansée : journal de création

Me voilà vulgairement abandonnée par mon propriétaire dans ce lieu que je ne connais pas. Où suis-je ? C’est précisément la question que je me pose. Je n’ai habituellement que deux lieux où vivre, le poignet de mon propriétaire, ou bien la table de chevet. Mon abandon est forcément une erreur de sa part. Toutefois, l’endroit dans lequel je me trouve me semble familier. Mon propriétaire a déjà passé du temps, ici, avec moi à son poignet.

Me voilà alors gisant sur une table. Une table surchargée d’objets. Des objets ronds, longs, fins, gros, petits, grand, pointus, coupants, cassants, il y en a de toutes les sortes. Je me trouve précisément entre un grand rond plat, blanc et une tige en métal d’un aspect très froid. Ce qui est étonnant c’est que cette tige se subdivise de nouveau en quatre autres tiges. Je me demande quelle en est l’utilité. Un peu plus loin j’aperçois une tige au manche semblable mais celui-ci se prolonge platement, quoiqu’il arbore un côté lisse et un côté dentelé. J’imagine par leur certaine ressemblance qu’ils fonctionnent ensemble, peut-être sont-ils complémentaires. Devant moi se trouve un objet différent des autres, tout d’abord il est translucide, la lumière parvient jusqu’à moi ; ensuite, alors que les autres occupent l’espace de façon horizontale, ce dernier l’occupe de manière verticale. Je me sens petit à côté de cet objet au beau volume. Ils sont deux à se ressembler côte à côte. L’un a à une courbure élancée sur un pied, l’autre est plus massif. Pourquoi sont-ils deux ?

Tous ces objets sont répétés plusieurs fois. Ils sont toujours disposés de la même façon les uns par rapports aux autres. La tige à quatre dents est à gauche du rond plat, à droite se trouve la tige plate et dentelée, et devant tout ça, les deux formes verticales translucides. Je compte, je remarque que ce schéma se répète six fois. Je ne suis vraiment pas à ma place sur cette table. Je casse le rythme que créent ces objets symétriquement agencés. Je soupçonne une habitude, même un rituel dans la manière qui me semble formelle de disposer ces objets. Je me sens seule. J’ai l’impression d’avoir été parachutée dans un pays qui n’est pas le mien, dans une famille qui n’est pas la mienne. Je sens une certaine intimité entre ces objets. Ils ont l’air de bien se connaître. J’ai l’impression que ma présence les dérange. Ils me regardent d’un drôle d’œil. Alors que moi je n’ai rien d’étonnant ! C’est eux qui sont étranges à être soigneusement disposés de la sorte. A les regarder de plus prêt, j’en viens presque à les trouver ridicules, j’ai envie de les prendre et de tous les déplacer ! Je mettrai la tige à quatre dents au centre, le rond plat dans le coin de la table, la tige plate et dentelée dans le contenant translucide que je poserai à la queuleuleu derrière ses confrères. Ce serait bien mieux comme ça non ? Mais je ne me sens déjà pas à mon aise ici, alors évitons de ne trop les brusquer.

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