Du siècle des Lumières à l'industrialisation

« Les quatre saisons »

Probablement Nevers, XVIIIe siècle
Verre blanc opaque, travaillé à la lampe d’émailleur, sur support métallique ; socle en bois tourné, doré
H. max. avec socle : 17 cm
Legs Madeleine Lucile Joséphine Bougenaux, 1961
Inv. 38474 A-B-C-D
© Les Arts Décoratifs / Jean Tholance

Véritables petites sculptures de verre, ces quatre personnages forment un ensemble allégorique représentant les quatre saisons. Suivant une convention largement diffusée, l’Hiver apparaît comme un personnage âgé, voûté, barbu et chaudement couvert alors que les trois autres saisons, jeunes et en tunique courte de tradition antique, ne se différencient que par leurs poses et leurs attributs : fleurs du Printemps, épis de l’Été et raisins de l’Automne. Ce groupe est typique de l’artisanat des « émailleurs à la lampe » attesté à Nevers dès le XVIIe siècle mais les objets qui nous sont parvenus datent presque exclusivement du siècle suivant, à une époque où des productions sont aussi certifiées à Paris, Saumur, Rouen et Marseille. L’émailleur ne fabrique pas et ne colore pas lui-même le verre, il utilise des baguettes d’émail, c’est-à-dire de verre fondant à basse température, généralement opacifié et coloré, qui sont achetées aux grandes manufactures comme la verrerie de Nevers. Du Broc de Segange, conservateur des musées de Nevers, donne en 1863 une intéressante description de cet artisan : « L’émailleur est placé devant une table sur laquelle sont adaptés : en dessus une lampe, et en dessous un grand soufflet pour exciter et aviver la flamme de la lampe. Sous l’impression du pied, qui fait hausser et baisser ce soufflet, cette flamme acquiert une ardeur et une vivacité considérables. […] Si l’émailleur se propose de faire une figure d’homme, il commence par figurer avec du fil d’archal [laiton] la disposition générale des membres de cette figure. D’une main il prend ce bâti et une baguette solide d’émail de l’autre. Il expose cet émail à la lampe et, lorsqu’il est en fusion, il le contourne autour du fil par le moyen du feu et le modèle comme de la pâte, à l’aide de pinces rondes et pointues et de plusieurs autres instruments. » Pouvant donc travailler seul, l’émailleur réalisait suivant ses capacités, son talent et son réseau de commercialisation, des objets de collection et de décor très sophistiqués, ou bien des produits beaucoup plus populaires comme des souvenirs touristiques ou des objets de dévotion.

J.-L. O.

Louis du Broc de Segange, La Faïence, les faïenciers et les émailleurs de Nevers, Nevers, La Société nivernaise, 1863.
James Barrelet, « Deux chefs-d’œuvre de verre filé », Plaisir de France, n°202 bis, août 1955, p. 19-21.
Bernadette Bringuier, Émaux ou verres filés, dits de Nevers, Nevers, Musée municipal, 1982.

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